Dossier post-marché L'avis de... Benoît Lallemand, senior policy analyst à Finance Watch et correspondant européen de Better Markets, Washington

A-t-on besoin de marchés de dérivés qui représentent 10 fois le PIB mondial ?

le 19/12/2013 L'AGEFI Hebdo

L’encadrement des transactions sur dérivés aux Etats-Unis et en Europe  vous semble-t-il suffisant au regard des risques systémiques inhérents à ces marchés 

Certainement pas. Le G20, suite à la crise de 2008, pointe le manque de transparence et les défauts dans la gestion du risque des marchés de dérivés. C'est louable, mais la vraie question est la suivante : a-t-on besoin d'un marché des dérivés dont la valeur nominale totale, approximativement 700.000 milliards de dollars, représente presque 10 fois le produit intérieur brut mondial ? En cas de choc financier majeur, comme on en connaît plusieurs par décennie depuis les années 80, ce sont plusieurs milliers de milliards de dollars que les grandes banques pourraient devoir débourser pour éponger les pertes liées à leur exposition au risque de crédit sur ces marchés. Ce n'est pas pour rien que l'OCDE fait de cette exposition le critère principal pour déterminer si les activités d'une banque doivent être « séparées » ou pas.

Y a-t-il des exemptions, comme celle des contrats sur devise dans Dodd Frank, qui vous semblent comporter des risques en particulier ?

L'exemption des contrats sur devise ne se justifie pas objectivement. Elle est regrettable, tout comme certaines exemptions prévues par le règlement européen Emir. Mais l'enjeu essentiel reste la taille du marché, pas les exemptions à la compensation centralisée.

La législation américaine est largement extraterritoriale. Voyez-vous un risque de fragmentation des marchés des dérivés ?

C'est l'un des arguments favoris du lobby bancaire. Il est totalement fallacieux. Il est trop tôt pour se prononcer sur l'équivalence stricte entre les régimes américain et européen. En attendant, l'essentiel est d’avoir une harmonisation par le haut, plutôt qu’un nivellement par le bas prôné par les banques

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