A la recherche de tests de résistance bancaires crédibles

le 17/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Les scénarios, le périmètre et le critère de réussite de l’exercice sont sous la loupe des marchés.

C’est promis. Les tests de résistance seront « plus sévères que l’an dernier », a indiqué l’Autorité bancaire européenne (ABE). La nouvelle instance doit dévoiler la liste des banques et les scénarios testés ce vendredi 18 mars. Elle doit relever un défi de crédibilité après l’exercice de 2010 qui avait échoué à rassurer les marchés. Seules 7 banques sur 91 n’avaient pas passé la barre de 6 % de ratio Tier one fixée par les régulateurs, soit un manque de fonds propres de 3,5 milliards d’euros. En Irlande, Bank of Ireland et Allied Irish Banks avaient réussi le test sans encombre. Deux mois plus tard, Dublin mettait en œuvre un plan de sauvetage du système bancaire.

Comme l’an dernier, les banques seront soumises à un scénario macroéconomique défavorable, conçu par la Banque centrale européenne (BCE), avec des chocs nationaux spécifiques sur l’immobilier, les taux d’intérêt et les titres souverains. Dans ce scénario, la croissance serait inférieure aux prévisions de 4 points de pourcentage sur deux ans, contre 3 points dans l’exercice précédent. Et les banques verraient leur coût de financement augmenter.

En revanche, les décotes sur les souverains pourraient, une fois encore, ne s’appliquer qu’aux titres détenus dans les portefeuilles de transaction. « Le scénario est moins important que le périmètre sur lequel il est appliqué, affirme Jean-François Robin, stratégiste chez Natixis. On va de nouveau exclure la dette détenue dans les portefeuilles bancaires. Or beaucoup de banques y ont transféré leurs titres grecs et portugais. Près de 80 % des positions sur la dette à risque ne seront pas ‘stressées’. »

Le scénario devrait exclure tout risque de défaut d’un Etat comme la Grèce. « Il est normal que les régulateurs européens ne testent pas la fin de la zone euro, qui tient plus de la science-fiction, estime Jean-François Robin. De plus, il est impossible d’évaluer ce genre d’événements. Il faut que le scénario soit extrême, mais plausible. » Les analystes pourront toujours faire leurs propres calculs à condition que les informations données par les banques soient fiables et comparables d’un pays à l’autre. En 2010, certaines d’entre elles n’avaient pas rapporté l’exposition de leurs filiales, et d’autres avaient déduit leur positions vendeuses ou celles tenues pour le compte de leurs clients.

Le risque de liquidité examiné

Les tests jouent leur crédibilité sur le critère de réussite retenu. L’année dernière, les régulateurs nationaux ont pu utiliser des définitions différentes du ratio Tier one. « Le processus d’évaluation des banques et sa cohérence d’un pays à l’autre sont le plus important, note Nicolas Véron, économiste au sein du think tank Bruegel. Les tests de l’an dernier étaient trop différents selon les pays, par exemple sur les hypothèses de profitabilité. » L’ABE a prévu un processus d’évaluation par les pairs pour améliorer la cohérence et la transparence des résultats.

La liquidité ne sera pas oubliée par les tests, mais les résultats ne devraient pas être publiés. « Le ratio de liquidité de court terme de Bâle III (LCR, ‘liquidity coverage ratio’, NDLR) serait un bon test, remarque Dan Davies, analyste chez Credit Suisse. En principe, si une banque a un ratio supérieur à 100 %, elle peut survivre trente jours sans faire appel au marché interbancaire. » Le LCR se compose d’actifs très liquides au numérateur, et de sources de financement, auxquelles on applique un « stress », au dénominateur.

Les résultats des tests seront connus en juin. Une nouvelle catégorie, « proche de la faillite », sera créée. « Les investisseurs jugeront la crédibilité de ces tests par la liste des banques qui échoueront », prévient Dan Davies. Les Etats de la zone euro se sont engagés à mettre en place des plans d’aides pour les banques dont les tests révéleraient des faiblesses. « L’idée, c’est de pointer les fragilités, souligne Marie-Line Ricard, directeur chez PwC. Ce qui compte, c’est l’adaptation des dispositifs de supervision et de gestion des risques. Ensuite, ce sera aux régulateurs et aux banques de décider d’un éventuel renforcement des fonds propres, même si la pression du marché risque d’être un facteur prépondérant. »

L’exercice de 2010 n’a pas entraîné de recapitalisation massive. Les établissements les moins bien placés n’ont pas tous levé des capitaux, et certains ne l’ont fait que pour financer des acquisitions ou pour d’autres motifs. « Les investisseurs croient qu’une grande partie du système bancaire européen est sous-capitalisé, affirme Dan Davies. Les besoins de recapitalisation potentiels s’élèvent à 92 milliards d’euros, et 46 milliards supplémentaires sous forme de fonds de secours. »

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