A Londres, JPMorgan continue à tirer les leçons de la Baleine

le 18/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Dans un climat de résultats record, la banque américaine poursuit sa mue en attendant les décisions des régulateurs.

Bloomberg

JPMorgan Chase confirme son statut de première banque américaine. Avec des résultats trimestriels supérieurs aux attentes des analystes (voir le tableau), la perte de 6,2 milliards de dollars enregistrée au deuxième trimestre 2012 sur un portefeuille de dérivés de crédits géré par le trader français Bruno Iksil, la fameuse « baleine de Londres », appartient désormais au passé pour Jamie Dimon, son PDG. Les actionnaires de la banque l’ont aussi largement pardonné : en lieu et place d’une fronde attendue, la motion présentée en mai dernier au cours de l’assemblée générale des actionnaires à Tampa visant à scinder les activités de directeur général et de président n’a reçu le soutien que d’un tiers des actionnaires.

Les critiques ne manquent pourtant pas. Spécialisé dans la notation des entreprises en matière de gouvernance, GMI Ratings attribue à JPMorgan Chase un « F », soit la note la plus basse dans l’échelle de l’entreprise : « Nous sommes surtout préoccupés par l’absence d’administrateurs indépendants possédant une expertise dans le risque », explique Greg Ruel, consultant de recherche senior chez GMI Ratings. Mise au pied du mur, la banque a pourtant pris le taureau par les cornes. Après les remaniements au sein du département CIO (Chief Investment Office), au cœur du scandale, la banque a augmenté ses effectifs chargés de la conformité, amélioré ses systèmes de gestion des risques et même créé une structure de supervision et de contrôle centralisée reportant directement aux responsables des opérations (COO). Si JPMorgan ne souhaite pas commenter ces évolutions, certaines sources font état d’une véritable révolution interne : « La coïncidence de l’affaire de la Baleine et de la mise en place d’un certain nombre de nouvelles réglementations, et en particulier Dodd-Frank, a eu pour conséquence de faire exploser les niveaux de contrôle au sein de la banque depuis le début de l’année, souligne l’une d’elles. Dans un contexte de choc traumatique, les réunions à ce sujet se multiplient. Parallèlement, les coûts de conformité ont bondi alors même que les autres coûts suivent la tendance inverse. Les activités d’expansion sont aussi découragées ».

Des individus bannis

Dans un climat de renforcement des procédures, le volet réglementaire et judiciaire de l’affaire se poursuit des deux côtés de l’Atlantique : des procès seraient en cours. Selon différentes publications, la banque aurait intenté un procès en octobre dernier à Javier Matin-Artajo, le superviseur du trader Bruno Iksil, devant une cour de justice londonienne. Le département américain de la Justice ainsi que la Securities and Exchange Commission (SEC) ont ouvert une enquête l'année dernière, dont on attend encore l’issue. De son côté, le régulateur britannique, la FCA, a également confirmé mener une enquête en conjonction avec d’autres régulateurs. Des voix se sont élevées pour souligner les limites du pouvoir d’action de la FCA face à JPMorgan qui opère outre-Manche avec un statut de succursales : « La PRA (l’autorité de supervision prudentielle outre-Manche, NDLR) et la FCA préfèrent les filiales aux succursales parce que ces autorités ont un pouvoir de supervision direct plus fort dans le cas de filiales, explique Michael Mckee, associé de DLA Piper. Ce qui n’empêche pas la FCA de pouvoir imposer une amende au montant illimité à une société, à une ou plusieurs personnes, bannir des individus ou encore retirer la licence d’une banque mais dans des cas beaucoup plus rares. »

En dépit de la réforme de la culture bancaire britannique, la menace de poursuites pénales défendue par le gouvernement de Londres et les parlementaires n’aurait pourtant rien changé dans l’histoire de la Baleine : « Ce qui sera considéré comme un crime par la loi devrait s’appliquer aux banques dont la direction générale et les conseils d’administration sont au Royaume-Uni, ce qui ne s’appliquerait pas à une banque américaine », explique Michael Mckee. De cette histoire, la capitale britannique, où tout a commencé, ne retient d’ailleurs qu’un vague parfum supplémentaire de scandale. « Fabulous Fab » (Fabrice Tourre, ex-Goldman Sachs), Kweku Abodoli (UBS), Jérôme Kerviel (Société Générale)... : « Cette affaire n’est pas sans rappeler d’autres cas de 'traders' indélicats qui ont affecté les centres financiers mondiaux, constate Andre Spicer, professeur à la Cass University, spécialisé dans l’organisation et la conduite. Elle illustre aussi les manquements en matière de supervision et la culture bancaire qui a longtemps régné dans ce secteur. » Mais pour JPMorgan Chase, le retour à des résultats spectaculaires ne suffit pas à redorer sa réputation de meilleur risk manager de Wall Street.

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