Dossier Places financières

A Genève, les banques s'attendent à une phase de consolidation

le 02/02/2012 L'AGEFI Hebdo

En cause, la hausse des coûts de conformité, le franc fort et le déclin du secret bancaire. Une stratégie de diversification se met en place.

Dans la dixième et plus récente mouture du Global Financial Centres Index, la place financière genevoise chute de la neuvième à la treizième place. Elle conserve toutefois son rang de numéro trois européen derrière Londres et Zurich.

Plus rien n'est simple pour les banquiers privés suisses. Des salaires en francs suisses, mais des recettes en euros et en dollars, la fin du secret bancaire en matière d'évasion fiscale, une hausse draconienne des coûts de compliance : des maux qui grèvent la rentabilité de ces établissements. Sans parler de l'extrême volatilité des marchés.

Le 12 janvier, Nicolas Pictet, associé chez Pictet et Cie et président de l'Association des banquiers privés suisses, faisait valoir qu'il s'agit « peut-être du contexte le plus difficile que nous ayons connu depuis des décennies ». Citant la recrudescence des litiges avec le fisc américain, impliquant onze banques suisses, il a souligné un changement structurel : les banques ne peuvent plus se contenter de respecter la législation suisse, face à la volonté de certains Etats d'appliquer la leur dans le monde entier. Une allusion à la récente Foreign Account Tax Compliance Act (Fatca) votée par Washington, imposant chaque citoyen américain quel que soit son pays de résidence (L'Agefi Hebdo du 5 janvier). Avec l'Union européenne, la situation est à peine meilleure, malgré la signature de deux accords d'impôt libératoire à la source, avec l'Allemagne et le Royaume-Uni.

C'est dès lors la structure des coûts qui s'en trouve modifiée. Ainsi, Konrad Hummeler, patron de la banque privée Wegelin, relève que les dépenses de compliance dépassent déjà les 10 % des frais fixes. A ces changements inéluctables s'ajoute la donne conjoncturelle. Une étude de la Fondation Genève Place Financière montre que la masse sous gestion a globalement fondu en 2011. Au niveau national, les dépôts étrangers dans les banques suisses ont chuté de près de 1.000 milliards de francs entre 2007 et 2011. « La crise financière a joué son rôle, mais le franc fort compte pour beaucoup dans cette baisse », note Edouard Cuendet, secrétaire général du Groupement des banquiers privés genevois (lire aussi l'entretien).

Davantage de fusions-acquisitions

Les banques suisses ont beau être peu exposées à la dette privée et publique des cinq pays dits périphériques de la zone euro, elles le sont davantage à l'égard des banques françaises et allemandes. La crise qui frappe la zone euro affecte la croissance de l'économie suisse, et donc celle des banques. Face à cela, les banques genevoises n'ont pas procédé à des licenciements. Les acteurs de la branche, comme Nicolas Pictet, s'attendent en revanche à une accélération du rythme des fusions et acquisitions. D'autant que plusieurs banques étrangères, notamment les néerlandaises ING, ABN Amro et Rabobank, se délestent de leurs filiales helvétiques.

Les problèmes rencontrés dans la gestion de fortune sont en partie contrebalancés par des activités en plein essor, comme le financement du négoce de matières premières, dont Genève occupe la première place. A elle seule, BNP Paribas alimente chaque jour d'un milliard de francs ce commerce depuis les bords du Léman. Mais le secteur souffre des restrictions de financement en dollars. Par ailleurs, suite aux hausses d'impôts décidées en 2009 au Royaume-Uni, plusieurs hedge funds de renom se sont partiellement implantés à Genève. Des arrivées qui exaucent les vœux de l'Association suisse des banquiers qui veut faire de l'asset management le pilier de la création de valeur. Un segment complémentaire au private banking, la spécialité de la place. Même si, pour l'heure, le « manque de visibilité n'est pas très propice pour capter les flux des investisseurs », relève Thomas de Saint-Seine, chief executive officer de Reyl Asset Management. Il n'y a ainsi pas lieu de paniquer, disent les banquiers, en rappelant leur importance pour Genève, puisque 25 % de son PIB provient du secteur financier.

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