A déficit structurel réformes structurelles

le 04/10/2012 L'AGEFI Hebdo

La France a abattu ses cartes : au prix d'un relèvement historique de 2,4 points du taux de prélèvements obligatoires, soit plus de 40 milliards d'euros correspondant aux choix du budget, de la loi de financement de la Sécurité sociale comme du dernier collectif, ainsi qu'aux mesures prises par l’ancienne majorité, le déficit sera à 3 % du PIB fin 2013 si la croissance atteint 0,8 %. Y croira qui voudra : après un tel coup de massue, espérer que la consommation et l’investissement - et donc l’emploi - se porteront comme le Pont Neuf relève de l’acte de foi. De nouveaux collectifs budgétaires sont d’ores et déjà à prévoir en cas très probable d’activité décevante.

Il n’en reste pas moins que, pour l’instant, les marchés « achètent » le scénario budgétaire proposé par Paris. Sans doute parce que la France a plutôt bien tenu ses engagements en la matière depuis quelques années, et peut-être aussi parce qu’ils évaluent la crédibilité de sa démarche en fonction de celle, plus globale, de la zone euro dont il apparaît qu’elle devra être, sinon changée, du moins assouplie. Le passage, fin 2011, d’une logique de réduction des déficits « bête et méchante » à une réflexion sur la notion de déficits structurels, c'est-à-dire prévoyant des ajustements des comptes publics en fonction des aléas conjoncturels, est très bienvenu (lire L’Evénement). Elle pourrait déboucher à la fin de l’année sur une vraie inflexion du « policy mix » européen en brisant la spirale dépressive dans laquelle la zone euro est menacée d’entrer. Une contribution contra-cyclique du budget allemand, à laquelle Berlin ne semble pas fermée, aiderait aussi à desserrer l’étau.

Si le gouvernement Ayrault compte profiter de cette nouvelle perspective, constatons avec regret qu’il ne s’y prépare guère. Ce n’est que pour le début 2013 qu’il promet un « choc de compétitivité » aux contours encore bien flous. Et ce n’est que pour le budget 2014 qu’il programme la réduction sérieuse du poids des dépenses publiques dans le PIB par rapport à son pic de 2013. Mais sa résolution ne convainc pas dès lors que les réductions d’emplois dans la fonction publique, qui ont beaucoup contribué à l’efficacité de l’exécution budgétaire française, vont cesser de jouer ce rôle. Quant aux gisements de dépenses que pointe la Cour des comptes dans le fonctionnement des collectivités locales, où les charges de personnel ont plus que doublé en quinze ans (lire notre Dossier), aura-t-on le courage de les exploiter ? Ces gros bataillons d’emplois sont fort discutables économiquement mais importants électoralement.

Les marchés font pour l’instant crédit, dans tous les sens du terme, à l’équipe Hollande. Mais gare à elle si des réformes structurelles ne viennent pas rapidement crédibiliser ses objectifs de déficit structurel nul à horizon 2016 !

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