2013, l’année charnière

le 10/01/2013 L'AGEFI Hebdo

La cause est entendue, la pièce jouée avant même le début du premier acte : à en croire nombre d’analystes, l’année 2013 comptera dans les annales européennes parmi les pires de l’après-guerre, à la dernière place ou peut s’en faut. Tout nous l’annonce : une croissance en berne, pour cause de priorité absolue accordée à la réduction des déficits publics conduisant à des fiscalités pénalisantes, des taux quasiment nuls aux effets pervers puissants, des incertitudes réglementaires handicapantes au niveau national et régional sous la pression d’une opinion publique toujours aussi hostile à la finance, sans parler de rendez-vous électoraux risqués dans plusieurs pays majeurs de l’Union. Reconnaissons qu’il y a là de quoi déprimer l’optimiste le plus impénitent. Pourtant, malgré ces méchantes fées penchées sur son berceau, cette année pourrait bien nous réserver une heureuse surprise, celle du rétablissement du système bancaire en Europe et de la rémission conséquente du reste de son secteur financier. Après près de six ans de crise financière et de restructurations accélérées, le temps du retournement s’annonce.

La raison d’espérer résulte d’un constat simple : après maintes erreurs et tâtonnements, politiques et régulateurs sont enfin en passe de rendre une visibilité suffisante au secteur bancaire. Deux étapes cruciales viennent de l'améliorer : la mise en route effective de l’union bancaire, à l’issue d’un sommet où la BCE a été dotée d’un mandat clair de surveillance du secteur ; et, dans les tout premiers jours de janvier, le Comité de Bâle a enfin tracé la feuille de route des banques en matière de liquidité. Cette décision, révélée alors que s’approche l’entrée en vigueur de la directive CRD IV qui intègre dans le droit européen la réforme internationale dite de Bâle 3, est d’autant plus importante qu’elle marque un relèvement des normes finalement moins sévère qu’on pouvait le craindre quant à la couverture des besoins de liquidité à court terme. C’est vrai s’agissant de la définition des actifs éligibles, des scénarios de stress retenus ainsi que du calendrier de mise en œuvre de la réforme, substantiellement allongé.

Bien sûr, tout est loin d’être clair encore en matière de régulation. Reste qu’après s’être vu poussées, à l’été 2011, à brusquer l’application des nouvelles normes de solvabilité sous la pression des marchés, avec à la clé 18 mois de tension extrême, les banques européennes se voient aujourd’hui adresser par les régulateurs internationaux un signal de souplesse particulièrement bienvenu. Non seulement l’économie européenne devrait en bénéficier en termes de financement, mais les établissements eux-mêmes connaissent désormais dans leurs grandes lignes les principaux paramètres qui commanderont leur modèle économique dans le repère réglementaire d’après-crise. Les plus agiles d’entre eux devraient en tirer parti sans tarder. Pour eux, la reprise paraît aujourd’hui vraiment au coin de la rue. 

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