L'épargnant chinois devrait être peu affecté par la crise boursière

le 03/09/2015 L'AGEFI Hebdo

La chute des cours se traduirait avant tout par une perte de confiance des particuliers vis-à-vis du gouvernement.

La chute des Bourses chinoises, qui ont perdu 40 % depuis le 12 juin, est arrivée à point nommé pour les adeptes des théories fondées sur les cycles économiques. Wang Jianlin, qui se dispute avec Jack Ma le titre d’homme le plus riche de Chine, a perdu l’équivalent du PIB du Burundi, soit 3,2 milliards d’euros, dans la seule journée du 24 août. Une broutille patrimoniale pour Wang Jianlin qui a engrangé 6 milliards de dollars de plus-values depuis le 1er janvier, selon l’indice Bloomberg des 200 premiers milliardaires. La hausse spectaculaire que les actions ont connue entre août 2014 et juin 2015 (+131 %), atteignant leur niveau le plus haut en sept ans, n’a pas encore été effacée.

Malgré un niveau de pertes très relatif dans le temps, certains affirment que ce « Black Monday » annonce des catastrophes bien plus graves encore : « L’évaporation des économies de plus de 80 millions d’investisseurs individuels poserait des problèmes sociaux impensables au pays », a déclaré Zhao Xijun, vice-président de l’université Renmin de Chine. En 2014, le gouvernement a autorisé les particuliers à emprunter pour investir en Bourse, ce qui a provoqué un afflux d’apprentis traders. Avant cette mesure, 50.000 comptes titres étaient ouverts en moyenne chaque semaine. Sur la dernière semaine de mai 2015, on en dénombrait 4,4 millions.

Cet attrait pour les marchés boursiers, outre son caractère culturel (l’appétit des Chinois pour le jeu), s’explique par la rareté de produits de placement rentables : les taux des produits d’épargne ont été « capés » pendant des années, ce qui était pour le gouvernement une manière détournée de subventionner les banques. De plus, les fonds collectés ont été utilisés de manière peu efficiente, contribuant à financer des projets à la rentabilité douteuse, pilotés par des entreprises publiques ou des collectivités.

De nouvelles turbulences

Reste que le niveau des pertes subies par les petits actionnaires n’est pas de nature à grever leur épargne. Les actions représentent une toute petite part de l’épargne individuelle, « 2 % à 3 % au plus », selon Sylvain Broyer, économiste chez Natixis. La consommation des ménages ne devrait pas en souffrir. Les dernières statistiques officielles, parues au mois d’août, faisaient état d’une progression de 10 % des ventes de détail. Malgré les inquiétudes sur la croissance, il y a peu de risques que la Chine tombe dans le « middle income trap »* : « Je ne crois pas que la Chine puisse tomber dans ce piège dans la mesure où leurs ressources sont gigantesques, estime l’économiste. A l’heure actuelle, l’offre d’épargne est quasiment inexistante. La gamme des produits disponibles – en particulier les produits de dette – doit être étoffée. » La chute des cours se traduirait davantage par un choc de confiance : « Ce retournement des marchés va durablement influer sur la confiance des particuliers vis-à-vis du gouvernement, explique Sylvain Broyer. Ce qui arrive aux particuliers chinois n’est pas sans rappeler les années 80 en France, avec la dérégulation des marchés boursiers. Beaucoup se sont précipités pour acheter des titres et ont été cruellement déçus lorsque les cours se sont effondrés. »

Les marchés financiers chinois ne sont pas à l’abri de nouvelles turbulences. « Les acteurs institutionnels locaux appelés à la rescousse resteront un facteur de soutien, mais les investisseurs étrangers et même les petits investisseurs locaux réagiront aux nouvelles bonnes ou mauvaises sur l’économie réelle », analyse Jean-Louis Martin, économiste à Crédit Agricole. Depuis le début de l’année, dans le cadre du plan de réforme des retraites annoncé par le gouvernement, les Bourses chinoises bénéficient d’un afflux de capitaux émanant des fonds de pension. En juin 2015, quelque 322 milliards de dollars d’actifs détenus par les fonds de pension gérés par les gouvernements locaux ont été rapatriés auprès du système central des retraites, le National Council for Social Fund (NSSF). Le NSSF peut investir jusqu’à 40 % de ses actifs en actions. Selon Goldman Sachs, près de 150 milliards de dollars avaient déjà été investis. Fin août, ces mêmes fonds de pension ont été autorisés à investir en direct jusqu’à 30 % de leurs actifs sous gestion dans des actions. Jusqu’alors, les fonds étaient placés sur des comptes bancaires offrant de faibles rentabilités. Ce sont 313 milliards de dollars supplémentaires qui pourraient être prochainement injectés sur les marchés.

* Littéralement « trappe à revenu intermédiaire ». Les pays tombés dans ce piège ont perdu leur avantage compétitif à l’exportation du fait de l’augmentation des salaires, mais ont échoué à venir concurrencer les pays développés sur des produits à plus forte valeur ajoutée.

La consommation des ménages   ne devrait pas être affectée. Ici, Nanjing Road, la zone commerciale la plus animée de Shanghaï.
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La consommation des ménages ne devrait pas être affectée. Ici, Nanjing Road, la zone commerciale la plus animée de Shanghaï.
(REA)

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