Renminbi

La longue marche s'accélère

le 21/05/2015 L'AGEFI Hebdo

La monnaie du peuple se rapproche des conditions pour intégrer le panier de devises composant les DTS du FMI.

La longue marche s'accélère

La longue marche de l’internationalisation du renminbi se fait désormais au pas de course. Alors que le Fonds monétaire international doit revoir la composition du panier des monnaies formant les DTS (droits de tirage spéciaux) cet automne, le gouvernement chinois accélère les réformes visant à la convertibilité du renminbi. Une inclusion dans les DTS en ferait officiellement une monnaie de réserve. La décision devrait être fondée sur deux critères : l’utilisation du renminbi dans les échanges internationaux et l’utilisation libre de la devise (« freely usable », d’après les termes du FMI).

Selon la plupart des économistes, la monnaie du peuple remplit la première condition. En mars, elle est revenue à sa position de cinquième devise pour les paiements mondiaux, qu’elle avait atteinte en janvier 2015, et compte pour 2,03 % des paiements internationaux d’après l’indicateur de Swift. Cette dynamique des flux de paiement, y compris commerciaux, reflète une demande croissance de services financiers en renminbis, tant en termes d’émissions de titre, de gestion d’actifs que de produits de trésorerie. Les paiements en devise chinoise ont augmenté de 321 % en deux ans, contre 30 % en hausse moyenne pour les autres devises.

Gage de son intention d’asseoir sa dimension internationale, la Chine a adopté le 11 mai dernier les standards du FMI pour établir les données de sa balance des paiements. Concrètement, cela consiste à placer les réserves de liquidité dans le compte financier plutôt que dans le compte des opérations courantes. Auparavant, Pékin aura multiplié les accords internationaux avec les banques centrales et la création de dispositifs de règlement pour assurer la liquidité du renminbi sur les places offshore, en plus de celle pré-existante à Hong-Kong. En dehors de Hong Kong, Singapour et Londres ont été les centres financiers les plus actifs dans l’adoption de la monnaie du peuple. Néanmoins, depuis un an, la banque centrale (Banque populaire de Chine) a passé des accords avec un certain nombre de ses homologues dans le but d’établir des centres de compensation en renminbis offshore et désigné une banque commerciale chinoise comme clearing bank sur chaque place. « Désigner une banque compensatrice en yuans est un pas important car celle-ci offre un nouvel accès à la liquidité dans la devise dans le centre offshore, sans passer par la place de Hong Kong », explique Philippe Bourguignon, head of financial markets department de Bank of China à Paris, la banque compensatrice sur la Place de Paris. « La banque fournit également une cotation en yuans aux banques de la place », poursuit-il. De tels accords sont désormais en place avec Paris, Francfort, et le Luxembourg, mais aussi Bangkok, Doha, Kuala Lumpur, Séoul, Toronto et plus récemment Sydney.

Une flexibilité loin d'être réglée

Autre élément de la chaîne, la rénovation du système de paiement en renminbis on-shore devrait toucher à sa fin à l’automne, avec l’ouverture du China International Paiement System (CIPS) qui doit permettre aux banques étrangères de conduire des transactions en yuans plutôt qu’en dollars et transférer les fonds sans utiliser le système Swift. Selon Reuters, 13 banques chinoises et 7 étrangères testeraient actuellement le système qui, s’il fonctionne, permettra de réduire les coûts et simplifier les transactions en renminbis. Enfin, la libéralisation contrôlée du compte de capital chinois, afin de faciliter les entrées et les sorties de capitaux, a également connu une accélération. Le dernier exemple est le lancement du Shanghai-Hong Kong Stock Connect en novembre 2014.

La question de la flexibilité de la monnaie du peuple est loin d’être réglée. Malgré le relèvement des taux de dépôts signalant la volonté de libéralisation des taux, les autorités chinoises souhaitent garder la main. « La banque centrale chinoise veut garder le contrôle sur sa devise, car elle craint la spéculation que pourrait entraîner une flexibilité totale », affirme Philippe Bourguignon. Actuellement, le CNY ne peut fluctuer que de 4 % autour d’un cours pivot. A l’inverse, la conjoncture du pays pourrait avoir son mot à dire dans la poursuite de l’assouplissement des barrières à l’entrée. « Si la crise du secteur immobilier s’aggrave dans le pays, le gouvernement pourrait être poussé à ouvrir le marché aux étrangers », conclut Philippe Bourguignon.

Si le FMI a montré des signes encourageants en reconnaissant que le yuan évoluait » vers sa juste valeur« , la principale opposition viendra des Etats-Unis, peu enclins à voir le renminbi venir concurrencer le dollar dans les échanges internationaux.

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