La faible volatilité inquiète sérieusement les marchés

le 12/06/2014 L'AGEFI Hebdo

Cette mesure du risque est à son plus bas sur la plupart des classes d’actifs, reflet des politiques monétaires accommodantes.

Une faible volatilité est un phénomène qui, en temps normal, est plutôt rassurant pour les investisseurs. Un problème vient à se poser si cet indicateur du risque reste bas trop longtemps. Or « les volatilités implicite et historique sont récemment tombées à leurs niveaux les plus faibles depuis des années », souligne Jonathan Lowe, stratégiste chez JPMorgan AM. « Le plus populaire des indices, le VIX (indice de volatilité du S&P 500), a récemment fait une nouvelle incursion sous 12 », constate Alexandre Baradez, responsable analyses marchés chez IG France, qui rappelle qu’historiquement le niveau compris entre 10 et 15 est rare. « C’est une zone dans laquelle le marché n’a fait que quelques incursions par le passé », poursuit-il. Ce fut le cas entre 2004 et 2006 avant la crise des subprimes et au milieu des années 1990.

Le fait marquant est que cette volatilité est faible pour toutes les classes d’actifs. « Cela ne concerne pas seulement les marchés d’actions. La volatilité d’une large gamme de classes d’actif – obligations et devises – évolue à des niveaux historiquement bas », observe Jonathan Lowe. De fait, l’indice MOVE de Merrill Lynch, qui traque le stress sur la dette américaine, ou l’indice JPMorgan G7 Currency Volatility, mesurant la volatilité d’un panier de devises, sont à leur plus bas de 2007 (voir graphique).

Quatre facteurs

« La phase récente de faible volatilité trouve son origine en 2012, au second semestre, lors du lancement du troisième plan d’assouplissement de la Fed, le QE3 », explique Alexandre Baradez. C’est en effet l’interaction entre les cycles économiques, monétaires et du crédit qui suscitent les régimes de volatilité. Pour le stratégiste de JPMorgan, le fait qu’ils soient haut ou bas provient de quatre facteurs : le degré de maturité du cycle économique (plus on est avancé dans le cycle, plus la volatilité est élevée), l’incertitude économique, les tensions sur les marchés financiers et la crédibilité des politiques monétaires. Les spécialistes de Société générale CIB estiment d’ailleurs que la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de sortir l’artillerie lourde pour combattre le risque de déflation en zone euro (lire page 16) devrait réduire la prime entre les volatilités implicites de l’EuroStoxx 50 (VStoxx) et du S&P 500 (VIX).

« Le risque d’avoir une volatilité trop basse trop longtemps est de créer l’environnement favorable à des mouvements de marchés correctifs violents », selon l’analyste d’IG France, surtout après l’envolée ininterrompue du S&P 500 et du Nasdaq entre 2009 et 2014. Mais le risque n’est pas tant dans le niveau de la volatilité que dans les prises de position que les investisseurs sont prêts à prendre. « Les marchés financiers sont moins volatils, ce qui incite à davantage de sérénité mais aussi de prise de risque », estime Philippe Lecoq, co-responsable de la gestion actions européennes chez Edram.

Paradoxalement, la faible volatilité se nourrit de la prise de risque et vice-versa (par le biais des instruments de couverture – options – servant à calculer la volatilité implicite). Elle n’est finalement que le constat des tensions passées (volatilité historique) ou des anticipations des tensions futures (volatilité implicite) et donne peu d’informations sur l’évolution future des marchés. Certes la volatilité revient toujours à sa moyenne historique (de 15) mais elle peut aussi rester basse très longtemps. En outre, il est possible que les régimes de volatilité se soient adaptés à la nouvelle donne, marquée par une croissance molle et une faible inflation. 

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