La Russie prend la voie de la récession

le 03/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Le pays fait face à d'importantes sorties de capitaux. Les banques françaises sont les plus engagées sur le pays.

Supermarché à Moscou. Une hausse des prix de 7 % est attendue cette année.Andrey Rudakov/Bloomberg

Cela fait déjà plusieurs trimestres que l’activité économique en Russie s’érode. A l’instar de la plupart des pays émergents, la Russie a vu sa situation se dégrader à partir du printemps 2013, au moment de l’annonce du ralentissement des achats de titres par la Réserve fédérale américaine (tapering). Sorties de capitaux et dépréciation des devises ont été le lot commun de nombreux émergents. Les prévisions de croissance 2014 du gouvernement russe, de 2,5 %, et celles de la Banque mondiale, de 2,2 %, qui avaient cours en décembre dernier, ne trompaient personne. Désormais, la Banque de Russie et le gouvernement revoient leurs prétentions nettement en baisse, liant le sort de l’économie et la probabilité d’une récession au montant des sorties de capitaux. Rien qu’au premier trimestre, au moins 70 milliards de dollars sont sortis du pays (lire l’entretien). A partir de 100 milliards pour l’ensemble de l’année, la croissance ralentira à 0,6 % ou 0,7 % du PIB, indique le ministère russe de l’Economie. A partir de 150 milliards de dollars, c’est l’assurance d’une récession, précise-t-il. Plus radicale dans son verdict, la Banque mondiale annonce une contraction de l’activité de 1,8 % en 2014 si les sorties de capitaux atteignent le record de 150 milliards de dollars. Ce scénario repose sur l’hypothèse que les pays occidentaux ne prennent aucune sanction commerciale à l’encontre de la Russie. Promise à la morosité, l’économie russe devra composer avec la hausse du taux d’intérêt directeur de la banque centrale (relèvement de 150 points de base à 7 % début mars) destinée à contrer la dépréciation du rouble de 10 % contre dollar depuis février et de 15 % depuis un an. Sans oublier un contexte inflationniste toujours présent avec une hausse des prix attendue autour de 7 % cette année. A titre de comparaison, les économistes de Deutsche Bank rappellent que le PIB russe s’est effondré de plus de 10 % en 2009 et qu’il s’était contracté de 8,9 % pendant la crise du rouble de 1998. Décrochage du Micex Sur les marchés financiers locaux, de fortes tensions sont perceptibles depuis la mainmise de Vladimir Poutine sur la Crimée, sans pour autant avoir pris un tour dramatique. Souvent, elles ne font que prolonger une tendance enclenchée depuis plusieurs trimestres. Depuis le début de l’année, l’indice boursier Micex a cédé 11,5 % et plus de 18 % ajusté du taux de change. Sur un an, son décrochage est de 6,5 %, mais de 25 % ajusté du change.  Pour l’instant, les affaires entre les entreprises russes et l’Europe se poursuivent, notamment quand il s’agit de refinancer des dettes corporate. L’accent mis sur le fait que l’Allemagne importe un gros tiers de sa consommation de gaz de Russie (un quart de ses importations de pétrole et 20 % du charbon) ne doit pas faire oublier que la dépendance joue dans les deux sens. De plus, font remarquer les économistes de Deustche Bank qui réfutent un scénario « catastrophe », « après tout, même au plus dur de la Guerre froide, la Russie a toujours fourni l’approvisionnement énergétique nécessaire à l’Occident ». Les analystes de Schroders rappellent « qu’au delà des échanges énergétiques, la Russie n’est pas un partenaire commercial majeur de l’Europe et a même un solde commercial déficitaire avec l’Allemagne. C’est la Russie qui a le plus à perdre. » Les sanctions financières « pourraient toutefois être plus problématiques pour le système bancaire européen », assurent les économistes de Schroders. Les statistiques de la Banque des règlements internationaux (BRI) montrent que ce sont les banques françaises qui sont les plus engagées sur la Russie avec 51 milliards de dollars. Suivent les Etats-Unis (36 milliards), l’Italie (30 milliards) et l’Allemagne (23 milliards). Selon le critère du pourcentage des actifs bancaires engagés, ce sont les banques autrichiennes avec 1,4 % du total qui sont les plus concernées (17 milliards de dollars). « Avec 0,5 % du total des actifs bancaires, le ratio des banques françaises est significatif, tout particulièrement dans une période de pression sur les ratios de capital », relèvent les analystes de Deustche Bank. Dans la rubrique « autres engagements » qui contient les produits dérivés, les crédits commerciaux et les garanties (dont les CDS, credit defaut swaps), les Etats-Unis tiennent largement la corde avec 92 milliards (0,6 % du total des actifs bancaires) devant le Royaume-Uni (42 milliards). La Russie représente plus un risque bancaire qu’économique.

A lire aussi