Les marchés d’actions européens cherchent un élan

le 03/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs n’attendent plus monts et merveilles de la conjoncture. L’évolution des bénéfices des entreprises pourrait décevoir.

Nulle. C'est la performance du FTSEuroFirst 80 depuis le début de l’année (au 26 mars). Une fois n’est pas coutume, ce sont les indices des pays dits du noyau dur (core) européen qui ont enregistré les plus mauvais scores. Le Dax a perdu plus de 1 %, l’AEX des Pays-Bas, 1,2 %, tandis que l’Ibex 35 à Madrid s’est adjugé près de 2 %, presque autant que le Cac 40 (2,6 %). Le FTSE MIB italien a bondi de plus de 10,5 %. Les boursiers « ont joué la sortie de crise de l’Italie, les zones d’Europe où l’économie repart », synthétise Christian Parisot, chef économiste d'Aurel BGC. Après une excellente année 2013 – avec une flambée de près de 21 % – la Bourse allemande a fait les frais des prises de bénéfices. Elle subit en outre le contrecoup des fortes tensions avec la Russie, liées à l’instabilité politique ukrainienne. « Nombre d’entreprises allemandes sont fortement exposées à l’économie russe », rappelle l’économiste. Or celle-ci est en train de tomber en récession (lire page 12). L’évolution des politiques monétaires, en revanche, a eu peu d’effets directs sur les marchés d’actions européens. Les investisseurs « espèrent un discours plus accommodant venant de la Banque centrale européenne (BCE), mais ne réagissent pas de façon violente lorsque elle adopte un ton plus mesuré », observe Christian Parisot. Sans doute, les experts se sont-ils fait à l’idée d’une amélioration à petits pas de la conjoncture, même en cas de fort coup de pouce monétaire venant de la BCE. D’ailleurs, « nul ne sait réellement comment elle pourrait intervenir de façon plus musclée. Ceux qui espèrent un 'quantitative easing' (QE) à l’américaine, rêvent. Auparavant, il faudrait modifier les statuts de la BCE, qui n’a pas l’autorisation aujourd’hui de participer aux émissions de titres souverains de la zone euro », rappelle Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management. En provoquant une chute de nombre de devises émergentes, dont le real, la roupie indienne ou le rouble, le tapering (resserrement progressif de la politique monétaire) de la Réserve fédérale a indirectement freiné l’élan boursier européen. Comme le rappelle Amundi, « 12 % du chiffre d’affaires des sociétés du MSCI Europe est exposé aux pays ayant dévalué, près du double, dans les secteurs de la consommation courante et les matériaux de construction ». Dans la construction, le mouvement de dépréciation des devises amorcé au deuxième trimestre 2013, a provoqué une baisse de « 3 % à 5 % des ventes de l’année et de 4 % à 6 % des profits, compte tenu des plus fortes marges réalisées dans les pays » justement pénalisés par les fortes sorties de capitaux, indique Laurent Paris, analyste financier chez Amundi. Si la contraction subie est en général proportionnelle à l’exposition émergente des groupes, la répartition par pays varie significativement d’un groupe à l’autre. « Holcim est fortement exposé à l’Inde, HeidelbergCement à l’Indonésie, Buzzi à la Russie tandis que Lafarge est plus diversifié, avec une exposition plus importante à l’Afrique », précise l’analyste. Trop d’attentes sur les marges L’effondrement des devises émergentes a amputé « les profits des groupes de consommation courante l’an passé, de 4 % à 5 %. La poursuite et la généralisation de ces dévaluations constituent un risque majeur pour les résultats de 2014. Il est sous-estimé », insiste Corinne Martin, analyste financier chez Amundi. D’une façon générale, « les attentes actuelles sur les marges de 2014 des entreprises européennes sont trop fortes », estime Christian Parisot. L’économiste énumère une série de facteurs susceptibles de les contraindre, dont la montée en puissance de la concurrence dans les pays émergents. Cette dernière oblige à restructurer les portefeuilles de produits et à baisser les prix de vente. « Le tassement de l’inflation et de la croissance dans les économies émergentes n’est ni favorable à la progression des chiffres d’affaires ni au 'pricing power' (pouvoir d’augmenter les prix) », avertit l’économiste d’Aurel. Cette observation vaut pour l’économie domestique européenne : « Dans un environnement caractérisé par de faibles niveaux d’inflation – en dessous de 1 % – les entreprises ne pourront pas remonter leurs prix de vente. La croissance de leurs chiffres d’affaires, puis de leurs bénéfices, viendra essentiellement de la reprise progressive de l’activité intérieure », avance Philippe Waechter. Dans les mois à venir, la bonne santé des marchés boursiers européens dépendra avant tout des progrès conjoncturels réalisés au sein de la zone euro.

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