L'avis de... Yves Zlotowski, économiste en chef de Coface

« L'activité économique se dégrade du côté de l'offre »

le 03/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Le gouvernement russe évoque 70 milliards de sorties de capitaux au premier trimestre. Le pays peut-il supporter longtemps une telle hémorragie ?  Un tel montant est supérieur aux sorties nettes de capitaux du secteur privé relevées l’année dernière, quelque 63 milliards de dollars. Mais de quoi parle-t-on au juste : de fuites de capitaux ou de sorties de capitaux ? Dans les sorties répertoriées par la balance des paiements figure le service de la dette des entreprises russes, qui n’a rien à voir avec une fuite de capitaux. Pour se faire une idée plus précise des sorties et des fuites totales, il convient d’ajouter une ligne de la balance des paiements intitulée « transactions fictives » dans laquelle la Banque de Russie range ce qu’elle considère comme de faux contrats d’importation. Pour avoir un bon proxy, il faut aussi tenir compte du poste « erreurs et omissions ». De la sorte, en 2013, il fallait ajouter 49 milliards aux « sorties de capitaux officielles » pour avoir un chiffre plus proche de la réalité. Pour les trois premiers mois de l’année, il faut ajouter 29 milliards. Les réserves de change suffisent-elles à mettre le pays à l’abri d’une crise financière ? Il n’y a pas de risque dans l’immédiat concernant la situation financière de la Russie. Les réserves de change sont très importantes, offrant une grande marge de confort, et le solde des transactions courantes est excédentaire. Cela dit, la dynamique n’est pas bonne. L’excédent courant représentait 5 % du PIB en 2011 ; il sera de 1 % cette année. D’un côté, les exportations de pétrole et de gaz se maintiennent vaille que vaille, évoluant au gré du dynamisme des clients traditionnels de la Russie ; de l’autre, les importations de biens de consommation courante augmentent, tirées par la hausse des salaires, elle-même conséquence d’une démographie déclinante et d’une absence de main d’œuvre qualifiée. Quelle est la situation de l’économie russe ? Depuis un an, l’activité économique se dégrade rapidement du côté de l’offre. Dans le secteur industriel, la croissance est nulle. Du côté de l’investissement des entreprises, les évolutions sont franchement négatives et la situation, catastrophique. Or refuser d’investir, c’est refuser de faire un pari sur l’avenir. C’est d’ailleurs du côté des entreprises que la situation politique et financière pourrait empirer. La dette corporate est de 438 milliards de dollars, soit plus de 20 % du PIB. En cas de gel de leurs actifs à l’étranger par mesure de rétorsion des occidentaux dans le dossier ukrainien, le service de cette dette pourrait être sous tension.

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