Performances

ETF - Koris International décrypte la performance de « trackers » MSCI EM

le 03/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Un manque d’information patent Pour Jean-René Giraud, directeur général de Koris International, conseil en allocation d’actifs pour institutionnels, le décryptage de la performance d’un ETF (exchanged-traded fund) est « incomplet, s’appuie sur des données publiques erronées, et trop peu d’outils de décryptage sont mis à la disposition des investisseurs. » Il est vrai qu’entre la réalité et la communication faite par les promoteurs de ces fonds sur un investissement présenté comme simple, coté comme le serait une action et reproduisant la performance d’un indice… il y a un fossé.  «Répliquer un indice est un art difficile, souligne-t-il. Nous avons décidé de passer au crible, tous les mois, la performance d’ETF exposés à un même indice, lancés depuis trois ans au moins et dont l’actif sous gestion (AUM) excède les 50 millions de dollars. » Ce tout premier « ETF inside-out » retient neuf ETF répliquant le MSCI Emerging Markets Index et commercialisés par cinq grands gestionnaires. Nous retiendrons ici cinq trackers issus chacun des cinq maisons de gestion. Avant eux, seuls Lyxor AM et CPR AM (mais pour son propre compte) se sont essayés à la création d’indicateurs de performance.  Les limites de la « tracking error » Si Jean-René Giraud salue l’initiative de ces maisons de gestion, il estime que l’exercice reste imparfait. La tracking error qui exprime la dispersion des écarts de rendement autour de la moyenne entre un tracker et son indice sous-jacent, n’est pas, selon lui, la panacée. « Une 'tracking error' élevée suppose que la valeur liquidative d’un ETF est éloignée de celle de son indice, explique Jean-René Giraud. Le risque pour l’investisseur se situe donc sur son point d’entrée et sur son point de sortie. Autrement dit, il peut acheter ou vendre ses parts d’ETF à un prix trop éloigné de la valeur de l’indice. Or, en cas de détention de l’ETF sur longue période, la 'tracking error' ne reflète pas la réelle performance du 'tracker', soit le coût réellement supporté par l’investisseur. » Ce coût global, qui grève d’autant la performance d’un ETF et l’éloigne un peu plus de la performance de son indice, a été le point d’attention de Koris International. Les informations librement disponibles sur son site Internet mettent tout d’abord en avant l’indice répliqué : composition, méthodologie… S’ensuivent les ETF, dont le décryptage aura nécessité un travail approfondi de collecte et de traitement des données publiques. Le premier tableau met en avant une comparaison de rendement annualisé sur trois périodes distinctes entre l’ETF et son benchmark. Le second livre des moyennes arithmétiques des différences quotidiennes de rendement observées entre le tracker et l’indice sous-jacent, tandis que le troisième classement met en lumière ces mêmes statistiques sur un mode annuel. Ainsi, on s’aperçoit que malgré une tracking error (TE) faible, un ETF peut fortement dévier de la performance de l’indice. C’est le cas de Source Markets PLC – MSCI Emerging Markets Source qui affiche une contre-performance annuelle de -1,02 % du 13/01/2011 au 31/01/2014, pour une tracking error de 0,005 % seulement. A l’inverse, Ishare MSCI Emerging Markets (ACC) à la tracking error bien plus élevée de 0,092 %, sous-performe par rapport à son indice de 0,96 %, sur la même période.  Une zone complexe à répliquer Autre donnée précieuse, le « centile 5 % » : « On synthétise tous les écarts de rendement ETF/indice sur les trois périodes retenues, et l’on retient ici l’écart potentiel maximal constaté dans 5 % des cas. » Ainsi, dans 5 % des cas, la performance d'Amundi ETF Emerging Markets s’écarte d’au moins -0,009 % quotidiennement de son indice, tout comme l’ETF de DB X-Trackers, tandis que celui d’IShares affiche un centile 5 % de -0,142 %. Enfin, le dernier tableau mesure « le coût de détention réel auquel doit faire face l’investisseur chaque année, sur trois périodes différentes », relève Jean-René Giraud. Selon lui, alors que la performance d’ETF devrait être celle de son indice minorée des frais de gestion et autres coûts associés (le total expense ratio, TER), la réalité est tout autre. « Ainsi, les frais de fonctionnement à acquitter chaque année pour l’ETF de Source sont de 0,45 %. Or on observe que pour une année de détention, l’écart de performance moyen annuel atteint -1,013 %. En somme, le rendement de l’indice sous-jacent répliqué, normalement délivré par l’ETF, n’est pas grevé de 0,45 % mais de plus du double ! » A noter toutefois que cette première étude s’attache à se focaliser sur les pays émergents, une zone particulièrement complexe à répliquer et que chacune des données brutes traitées a été validée par les promoteurs mis en avant. La prochaine étude, disponible d’ici quelques semaines, passera au crible les plus importants ETF indexés sur le MSCI Europe.

A lire aussi