Une femme, une équipe

Catherine Vialonga veille au choix des investissements à l’Erafp

le 03/04/2014 L'AGEFI Hebdo

Elle a constitué une équipe de spécialistes de l’ALM et de gérants pour piloter l’allocation d’actifs de ce fonds de pension, avec l’ISR pour impératif.

Le propos est concis mais précis pour cette actuaire à la tête de la direction des investissements et de l’ALM (asset liability management) à l’Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique (Erafp). Catherine Vialonga est une femme très courtisée par les représentants des sociétés de gestion en France. Il faut dire que cette jeune institution est l’une des rares qui va bénéficier de cash flow positifs au cours des prochaines années. Ses investissements sont en cours. Une mission menée par Catherine Vialonga et son équipe. Elle pilote à la fois la gestion technique, qui compte quatre actuaires, et les investissements, avec ses huit analystes et gérants. Ces derniers ont la charge de la gestion des actifs en direct ou au travers de délégations à des gérants externes. Ce régime de retraite obligatoire, créé par les lois Fillon de 2003, et dont les cotisations reposent sur les primes perçues par les fonctionnaires, est par capitalisation Un véritable fonds de pension à la française avec plus de 15 milliards d’euros d’actifs. Le travail effectué par les spécialistes de la gestion technique va notamment servir à définir la stratégie d’allocation d’actifs. « Un certain nombre de paramètres vont permettre aux actuaires d’estimer les engagements du régime, explique Catherine Vialonga. L’allocation d’actifs la plus robuste est ensuite élaborée dans différentes configurations de marché et scénarii de stress sur la base d’études ALM. Celle-ci tient compte également de nos contraintes réglementaires ». Cette allocation stratégique est revue une fois par an. Des comités internes, réunis toutes les deux à trois semaines, permettent ensuite de décliner le timing, les niveaux d’entrée sur les marchés et les montants d’investissements à l’intérieur des enveloppes allouées aux différentes classes d’actifs. A fin 2013, le portefeuille était investi à 74,5 % en obligations, 25 % en actions et 0,5 % en immobilier. La gestion financière est l’autre champ d’action de Catherine Vialonga. « Il s’agit de la gestion d’actifs en direct (obligations souveraines et assimilées), ainsi que de la sélection et du suivi des sociétés de gestion auxquelles nous déléguons la gestion de certains actifs », explique-t-elle. « La sélection des gérants pour toute nouvelle classe d’actifs et pour le renouvellement de celles déjà intégrées dans le portefeuille se fait au travers d’appels d’offres publics », indique Thibaud Sybillin, responsable de la sélection des fonds avec l’aide d’une équipe de gérants spécialisés par classe d’actifs. « La stratégie actuelle consiste à construire une allocation d’actifs diversifiée brique par brique et ensuite de privilégier l’une ou l’autre en fonction des vues de marché et des opportunités identifiées », note Catherine Vialonga. Sélection Le processus de sélection prend souvent plus d'un an, entre l’appel à candidatures et l’attribution du mandat. La sélection se passe en deux étapes. Une première au cours de laquelle une sélection est établie sur la base des performances des fonds, du nombre de gérants, de leur expérience, des données financières de la société de gestion… et de sa capacité à intégrer le référentiel ISR (investissement socialement responsable) à partir des questionnaires complétés par les candidats. « Cette analyse peut être relativement longue, indique Thibaud Sybillin. Nous pouvons recevoir une trentaine de candidatures. » A l’issue de cette première étape, une liste restreinte de cinq candidats minimum est établie. Ces derniers doivent alors soumettre leurs offres sous forme d’un dossier atteignant parfois 80 pages. « A ce stade, nous approfondissons l’analyse du processus de gestion, de l’équipe de gestion, du dispositif de contrôle des risques, de l’organisation opérationnelle ou des frais de gestion », poursuit ce dernier. Au final, un rapport pour chaque candidat est présenté à la commission d’appel d’offres qui délibère sur le choix final. Outre la sélection des gérants, l’équipe de gestion est en charge du suivi des performances des gestions déléguées et du contrôle du respect du mandat, notamment en ce qui concerne le caractère ISR de l’investissement. Avant toute chose, chaque investissement effectué par l’Erafp doit en effet être socialement responsable : « L’ISR est dans l’ADN du régime », indique Catherine Vialonga. Une charte, établie en 2006, définit cinq grandes valeurs auxquelles doivent répondre tous les investissements (Etat de droit et droits de l’Homme, progrès social, démocratie sociale, environnement, bonne gouvernance et transparence). Un référentiel, définissant le mode opératoire ISR pour chaque classe d’actifs, a été établi en 2007. L’Erafp a retenu l’approche best in class : « Nous ne voulons pas exclure totalement un secteur de nos investissements, d’abord pour une question de construction de portefeuille, ensuite parce que nous voulons encourager tous les pans de l’économie à améliorer leurs pratiques en investissant dedans », souligne Olivier Bonnet, responsable de la stratégie ISR. Cet ancien analyste extra-financier chez Vigeo, arrivé en 2009 à l’Erafp, explique que l’approche best in class prend tout son sens en immobilier : « Si nous analysions les critères de performance environnementale de façon absolue, nous n’investirions que dans des immeubles neufs bénéficiant par exemple de certifications HQE (haute qualité environnementale), précise-t-il. Le problème est que cela ne répond pas à la réalité du marché, ni en termes d’offre disponible, ni d’enjeu de rénovation du bâti. Nous appliquons donc une approche ‘best in class’ dynamique : avant d’investir, le gérant évalue le potentiel de chaque immeuble et s’engage à améliorer sa performance pour le rendre conforme aux meilleurs standards du marché en matière de performance environnementale et sociale ». Le responsable de la stratégie ISR vérifie par ailleurs les choix d’investissement une fois que les gérants sont à l’œuvre avec l’aide de l’agence Vigeo qui contrôle la conformité du portefeuille avec la charte et le référentiel ISR. Contraintes  Catherine Vialonga regrette néanmoins de ne pas disposer d’une flexibilité suffisante dans ses choix d’allocation. Les contraintes réglementaires actuelles lui imposent en effet d’investir au moins 65 % en obligations souveraines et assimilées mais surtout de ne pas dépasser un quart du portefeuille en actifs de diversification, entendez par là actions, fonds de private equity, infrastructures… L’Erafp ne peut pas non plus investir en direct dans des fonds de prêt à l’économie ou des produits dérivés. « Compte tenu de nos 'cash flows' nets positifs et de notre passif, nous devrions avoir plus d’actifs de diversification et notamment des actifs permettant de capturer une prime d’illiquidité, souligne Catherine Vialonga. Un positionnement d’autant plus justifié que le régime est en phase de montée en charge.  »  A l’instar de l’inclusion de l’immobilier dans les investissements, rendue possible en 2010, elle souhaite une évolution des règles d’investissement. « Outre la possibilité d’inclure plus d’actifs de diversification, celle d’investir dans des fonds ouverts ou d’investir en direct dans des obligations crédit, et pas uniquement dans des mandats comme c’est le cas actuellement, nous permettrait aussi d’être plus réactifs », juge-t-elle. La longueur des appels d’offres empêche en effet de profiter rapidement d’opportunités qui se présentent sur le marché. 

A lire aussi