L’économie espagnole renoue avec un excédent courant

le 27/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Le dernier solde positif des transactions courantes remonte à 1986. La balance commerciale reste cependant déficitaire.

Madrid a réussi une prouesse l’an dernier. Non seulement, l’Espagne a réduit sa dette extérieure mais elle peut se targuer de dégager un excédent des transactions courantes. Une première depuis... 1986. Selon la Banque d’Espagne, la balance courante espagnole est passée fin 2013 dans le vert avec un excédent de 7,1 milliards d’euros alors qu’en 2012, elle affichait un déficit de 11,5 milliards.  Des chiffres surprenants pour une économie encore défaillante l’année dernière. En 2012, la balance des paiements publiée par la Banque d’Espagne montrait un besoin de financement de 4,9 milliards d’euros, après d’importantes sorties nettes de capitaux de 174 milliards d’euros. En 2013, la tendance s’est inversée avec des entrées nettes de capitaux de 88,8 milliards. Les investisseurs ont donc retrouvé confiance dans l’économie espagnole. Rassurés par la baisse des taux d’intérêt sur les titres de la dette publique, ils renouent avec l’investissement, notamment dans les actifs financiers (20 milliards d’euros en 2013). Trois facteurs ont contribué au rétablissement de la balance courante, selon Antonio Argandoña, professeur d’économie à l’IESE Business School. Tout d’abord, « la dévaluation interne, avec la réduction des coûts salariaux ; deuxièmement, la diversification des marchés, et troisièmement, un volume plus faible d’importations en raison de la récession ». « L’économie espagnole est de plus en plus compétitive,se réjouit Rafael Pampillón, économiste à l’IE Business School. Les entreprises vendent davantage sur les marchés internationaux.»Pour Antonio Argandoña, les raisons en sont simples : l’Espagne, « ne pouvant pas dévaluer sa monnaie, a pratiqué une dévaluation interne pour obtenir des avantages compétitifs par rapport aux autres pays de la zone euro ». A cela s’ajoute le fait que les entreprises espagnoles ont « diversifié leurs portefeuilles de clients en Amérique latine, en Afrique et en Asie, où les pays ont moins souffert de la récession qu’en Europe ».  Reprise des exportations La réforme du marché du travail a, in fine, permis à l’économie espagnole d’accroître ses volumes à l’export avec une hausse de 5,1 % des ventes à l’étranger en 2013. C’est le secteur du tourisme et des services qui a le plus contribué à une évolution positive de la balance courante. Encore déficitaire en raison de la forte dépendance énergétique du pays, la balance commerciale a vu son déficit fondre de moitié en un an, avec des importations tout de même en baisse de 0,9 % par rapport à 2012.  La balance commerciale devrait être de nouveau déficitaire cette année en raison d’une demande intérieure plus tonique. L’amélioration, même légère, de la conjoncture, va accroître la consommation de matières premières et de biens intermédiaires des entreprises. « Cette année va être une année de croissance économique, ce qui va entraîner une augmentation de la demande domestique, donc des importations », prévoit Rafael Pampillón.  De son côté, Josep Comajuncosa, économiste à l’Esade Business School, se montre moins optimiste. Il met l’accent sur une perte trop importante du pouvoir d’achat des consommateurs espagnols qui rendrait difficile une reprise de la demande intérieure. « Actuellement, cette dernière augmente à peine. Elle progressera entre 0 % et 0,5 % en 2014 », prévoit-il. Et pourtant, les prévisionnistes tablent sur une croissance de 0,8 % à 1 % du PIB en 2014 et le gouvernement espagnol va jusqu’à prédire une croissance de 1,8 % en 2015.  Pour Antonio Argandoña, si ces indicateurs ont rassuré les investisseurs, il reste à régler l’épineux problème de l’accès au crédit des PME. « Les entreprises qui connaissent une expansion internationale n’ont pas de problème de financement, ce sont celles qui travaillent dans le pays », remarque l’économiste, qui signale que quelques banques ont rouvert au compte-gouttes le robinet du crédit.  Même si la confiance est de retour, le pouvoir d’achat des Espagnols « comparé à celui des autres pays de la zone euro, est revenu à des niveaux similaires à ceux de 1999, lorsque l’Espagne a adopté l’euro ». Autre point noir : un taux de chômage de 26 % de la population active, qui constitue un frein important pour la demande intérieure

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