Obstruction allemande

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

L'Europe se dotera-t-elle d’un système de résolution bancaire crédible ? Les jours sont très chichement comptés aux politiques européens pour qu’un compromis soit forgé avant les élections européennes. Or un vrai progrès permettant de combler la lacune principale de l’accord de décembre, qui prive encore la zone euro d’une Union bancaire digne de ce nom, est improbable. Les raisons de cet échec n’ont pas varié. Berlin ne fait pas d’une percée dans ce domaine une priorité. A ce niveau de mauvaise volonté, on peut même parler d’obstruction. Le Parlement a mené sur ce sujet un combat fondé et courageux, mais personne en Europe, et surtout pas la France, n’est en mesure d’influencer l’Allemagne au point de la faire changer d’attitude. L’Union bancaire demeurera bel et bien dotée d’une gouvernance absurdement complexe. Non seulement la multiplicité des parties prenantes engagées dans un processus de résolution multipliera les risques de fuites et de panique des déposants, mais leurs décisions continueront à relever en dernier ressort d’une logique essentiellement politique. Quant au fonds de résolution, sa mise en place sera peut-être avancée mais son fonctionnement ne sera guère différent de ce qui a été décidé à l’origine : la mutualisation demeurera tardive et limitée. Enfin, la mise en place d’un filet de sécurité public ne sera sans doute pas tranchée, limitant d’autant sa portée, concrète comme symbolique.

Les réticences allemandes n’ont pas pour seul motif le refus de Berlin de payer pour les erreurs des autres. Elles résultent aussi de sa volonté de pouvoir nettoyer ses écuries bancaires au rythme de la politique locale allemande et à l’abri des regards indiscrets. Car l’Allemagne dispose d’un des systèmes bancaires les plus archaïques d’Europe. Jamais Bruxelles n’a pu – voulu ? – y mettre de l’ordre tant Berlin, tout comme le Bayern Munich, sait « bétonner » en défense quand il le faut. La situation financière de nombre de banques locales est des plus médiocres, ainsi que la BCE pourra le constater en auscultant les comptes des principales d’entre elles (lire L’événement p. 8). Si la BCE avait obtenu la haute main sur le mécanisme de résolution, comme elle le souhaitait, l’Allemagne aurait couru le risque de voir ce système de pouvoirs plus politiciens que financiers restructuré sans ménagement. A cette aune, le blocage allemand, peu glorieux mais efficace, s’explique mieux. Mais ce n’est pas une raison pour se désintéresser d’un dossier apparemment ficelé d’avance. Car les arbitrages en cours sur le financement du fonds de résolution recèlent des enjeux lourds pour les banques, notamment françaises : suivant les critères de contribution retenus, celles-ci pourraient avoir à payer bien davantage que leur poids économique. Si le coût de cette Union bancaire inachevée devait retomber excessivement sur elles, ce serait une conclusion bien amère pour celles qui comptaient parmi ses plus chauds partisans ! 

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