Dossier Gestion institutionnelle - Solvabilité II

Le marché institutionnel français en plein attentisme

le 02/12/2010 L'AGEFI Hebdo

Assureurs et caisses de retraite offrent moins de perspectives aux sociétés de gestion. Les entreprises pourraient être un bon relais de croissance.

Le marché institutionnel français se porte mieux, mais l’heure n’est pas à la fête car de nombreuses incertitudes pèsent aujourd’hui sur le secteur. Après une année 2008 marquée par une baisse de 9,1 % des actifs, 2009 s’est soldée par une hausse de 14,4 % à 2.893 milliards d’euros, selon l’enquête AF2I-Seeds Finance Morningstar. « Ce rebond s’explique à la fois par la hausse des valorisations, mais aussi par une reprise de la collecte, notamment en assurance-vie, segment le plus important puisqu’il représente la moitié du marché institutionnel », précise Cyril Blesson, directeur de la recherche économique et institutionnelle de Seeds Finance Morningstar, qui anticipe pour 2010 une hausse de 8,5 %.

Cependant, la croissance du marché ne se traduit pas systématiquement par une augmentation des actifs confiés par les investisseurs institutionnels aux sociétés de gestion : seule une fraction de leurs actifs est déléguée à l’extérieur. Au-delà des statistiques montrant que le marché redresse la tête, de nombreuses institutions font aujourd’hui preuve d’attentisme. C’est le cas des compagnies d’assurances, des mutuelles et des institutions de prévoyance soumises à la directive Solvabilité II. Ces acteurs doivent revoir leur allocation d’actifs stratégique en tenant compte des fonds propres nécessaires à chaque type d’actifs en portefeuille. « On ne connaît pas encore l’impact réel de Solvabilité II, mais il est clair que la directive aura pour conséquence de réduire la part des gestions satellites, très consommatrices en fonds propres, au profit du cœur de portefeuille, composé d’obligations, analyse Samuel Raoul, consultant chez bfinance. Cela risque de se traduire par une moindre externalisation auprès des sociétés de gestion, car les grands assureurs ont tendance à gérer en interne la poche obligataire. » Un phénomène qui ne peut laisser de marbre les sociétés de gestion. « Les assureurs pourraient être tentés de déléguer leur gestion obligataire pour réduire les coûts, comme cela s’est fait aux Etats-Unis. Mais ce type de décision demande du temps », estime pour sa part Sylvain Favre- Gilly, responsable de la vente institutionnelle en France de BlackRock. Un espoir en forme de vœu pieux pour l’instant. Mais les sociétés de gestion sont d’ores et déjà en ordre de marche : « Nous avons mis en place des groupes de travail opérationnels autour de Solvabilité II, indique Antoine Tiago, directeur commercial adjoint de Natixis AM. Nous souhaitons donner à nos clients concernés une grande visibilité sur la consommation de fonds propres de leurs portefeuilles à travers nos ‘reportings’. » La problématique est identique pour les banques, concernées par Bâle III.

Décaissements

Autre secteur en pleine transformation, les caisses de retraite sont elles aussi dans une phase de réflexion sur leur allocation d’actifs. D’une part parce que le vaste mouvement de regroupement entre institutions en cours les contraint à réorganiser les portefeuilles (un jeu à somme nulle pour les sociétés de gestion bénéficiant de délégations de gestion - lire aussi page 22). D’autre part car ces caisses de retraite font face depuis quelques mois à des décaissements nets, nécessitant un repositionnement de leurs actifs vers des produits à plus court terme. Plus précisément, elles affichent des flux sortants supérieurs à leurs entrées depuis le dernier trimestre 2009. Ce phénomène était attendu, mais la crise l’a accéléré de quelques mois. En conséquence, elles se concentrent aujourd’hui sur les actifs les plus liquides tels que la trésorerie à long terme, ou encore sur des produits diversifiés à extinction programmée, intégrant par exemple un décaissement fixe chaque trimestre. « Les caisses de retraite sont en plein attentisme, comme en témoigne la forte réduction du nombre d’appels d’offres, précise Samuel Raoul. Elles ne peuvent pas réellement modifier leur allocation d’actifs tant que les inconnues sur l’âge du départ à la retraite et les modalités de la réforme ne seront pas définitivement levées. » En outre, le transfert des 35,7 milliards d’euros du Fonds de réserve pour les retraites (FRR) à la Cades, concernant de très nombreuses sociétés de gestion françaises et étrangères, porte aussi un sérieux coup au secteur.

L’espoir est cependant permis. Le débat sur les retraites a sensibilisé de nombreux Français, qui pourraient en profiter pour augmenter leur épargne retraite. « Les appels d’offres se multiplient notamment en épargne salariale, note Antoine Tiago. Nous devons aujourd’hui être capables de proposer aux grandes entreprises des solutions multiples pour répondre à leurs besoins en gestion de trésorerie, en épargne salariale et en gestion des passifs sociaux. » La clientèle des corporates pourrait ainsi représenter un intéressant relais de croissance pour les sociétés de gestion.

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