Une sortie de crise compliquée pour l’économie espagnole

le 25/11/2010 L'AGEFI Hebdo

Le gouvernement maintient toutefois le cap des réformes et une prévision de croissance optimiste de 1,3 % pour 2011.

L’Espagne s’apprête à boucler 2010 en queue du peloton de l’Union européenne, avec une croissance négative d’environ 0,3 %, et les dernières statistiques publiées dressent un sombre panorama. Le pays vient d’accumuler dix trimestres d’affilée de croissance négative ou nulle. Au troisième trimestre 2010, le PIB a stagné en comparaison trimestrielle et crû d’un petit 0,2 % en glissement annuel. Pourtant, le gouvernement se veut relativement optimiste pour 2011 : 1,3 % de croissance du PIB. Mais le scepticisme règne chez les économistes.

« Le PIB devrait se contracter au cours des prochains trimestres, reflétant l’atonie de la demande intérieure dans un contexte européen de faible croissance », écrit Thibault Mercier, analyste chez BNP Paribas. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance de 0,7 % en 2011. Même le chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, l’admet : la sortie de crise sera « lente et incertaine ».

Fin du soutien budgétaire

Le détail des résultats du troisième trimestre alimente l’inquiétude des analystes. La consommation des ménages perd 1,1 % et l’investissement chute de 3 %. Ces données « correspondent aux prévisions du gouvernement », a immédiatement réagi la ministre de l’Economie Elena Salgado, en affirmant que le recul du PIB était « transitoire ». Elles sont la conséquence logique de la hausse de la TVA de 2 points intervenue en juillet dernier, combinée à la fin des aides à l’achat d’automobiles et aux mesures d’austérité adoptées au premier semestre, en pleine tempête autour des « pays périphériques ».

Fini donc l’élan insufflé par le soutien des finances publiques avec lequel le gouvernement a accompagné les débuts d’une crise qu’il espérait plus courte. La baisse de 5 % des salaires des fonctionnaires s’accompagne d’une stagnation des rémunérations du privé au troisième trimestre. En janvier prochain, la plupart des ménages espagnols n’auront plus droit à la déduction fiscale qui s’appliquait à l’achat de biens immobiliers. Le gouvernement alimente de la sorte la correction immobilière au risque de bloquer le marché après une légère relance.

Dans son budget 2011, l’exécutif de José Luis Rodriguez Zapatero prévoit une hausse de la consommation des ménages. Mais « ceux-ci sont encore fortement endettés et n’ont pas accès au crédit », souligne Alvaro Anchuelo, maître de conférences à l’université Rey Juan Carlos. Les banques espagnoles ont resserré les conditions d’octroi du crédit bancaire, même si leur accès au marché monétaire s’est amélioré ces derniers mois.

Le gouvernement prévoit aussi une création d’emplois nette de 0,3 % en 2011 alors que les séries historiques montrent que l’Espagne a besoin d’un taux de croissance d’au moins 1,5 % pour commencer à créer des postes. L’exécutif justifie cet optimisme en s’appuyant sur la réforme du droit du travail adoptée récemment et visant à faciliter l’embauche et les contrats à durée indéterminée. L’économiste en chef d’Intermoney, José Carlos Díez, voit bien dans l’emploi l’un des rares signaux positifs de la dernière fournée de statistiques : « Les services dans le secteur privé, donc hors secteur public, ont crée 82.000 emplois nets entre juin et septembre », indique-t-il en l’attribuant « à la bonne évolution du tourisme qui a gagné 20 % sur un an, sa plus forte croissance depuis 1999 ». En attendant, le taux de chômage se maintient à près de 20 % et les indemnités coûteront près de 31 milliards à l’Etat en 2010, soit 3 % du PIB. Un poids qui devrait baisser légèrement en 2011, selon les prévisions du budget.

Eviter les dettes souveraines

« Le scénario optimiste serait finalement que le PIB stagne en 2011 », ironise Alvaro Anchuelo. L’Espagne peut pour cela compter sur des exportations, « un important amortisseur face à la crise », souligne le ministère de l’Economie. Le scénario pessimiste ? « Que la contagion de la crise des dettes souveraines dans les pays périphériques arrive jusqu’en Espagne. » Pour l’éviter, le gouvernement insiste sur sa volonté de réduire le déficit, notamment de 33 milliards d’euros en 2011. « Un objectif inaltérable », vient d’affirmer José Luis Rodriguez Zapatero devant les députés avant de déclarer qu’il intégrera toutes les réformes déjà annoncées - système financier, retraites et négociation collective -, ainsi qu’une nouvelle batterie de mesures visant à consolider le secteur industriel, à soutenir les exportations et à réformer « immédiatement » le secteur de l’énergie, dans un « plan d’action » incorporant un calendrier concret pour les quinze mois le séparant des élections. 

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