L'avis de... Olivier de Larouzière, responsable de la gestion taux d’intérêt et de change de Natixis Asset Management

« Le service de la dette des périphériques reste raisonnable »

le 25/11/2010 L'AGEFI Hebdo

Le comportement des investisseurs est-il surtout dicté par l’aversion au risque ?

Les dernières corrections qui ont touché les emprunts d’Etat s’expliquent surtout par le fort degré d’aversion au risque vis-à-vis de positions de marchés trop consensuelles prises au début de l’automne. Avant la publication des détails du nouveau programme d’injections de liquidités de la Réserve fédérale, de nombreux investisseurs ont joué la baisse des taux américains et ont cessé de traquer les risques européens, apaisés par le lancement du Fonds de stabilité européen (EFSF) doté de la meilleure notation, AAA. Aujourd’hui, soucieux d’achever 2010 en sécurisant leurs performances de l’année, les intervenants de marché prennent leurs profits. Par ailleurs, contrairement aux idées reçues, les volumes des échanges en emprunts d‘Etat de la zone euro sont peu fournis. Les fortes variations actuelles des taux d’intérêt s’expliquent surtout par la stratégie de banques européennes qui, par prudence, profitent de la sortie d’une poignée d’investisseurs pour provoquer un décalage des prix.

Le service de la dette des pays européens en difficulté budgétaire atteint-il des records ?

Non, pas dans tous les pays. A titre indicatif, cette année, les paiements d’intérêt de la Grèce représentent 5,6 % du PIB et, selon la Commission européenne, devraient tourner, en moyenne, autour de 6 % entre 2010 et 2015, à comparer à une moyenne de 7,9 % du PIB entre 1992 et 2007. De même, au Portugal, la moyenne des paiements d’intérêts est estimée à 3,4 % du PIB pour la période allant de 2010 à 2015, à comparer à 3,9 % du PIB entre 1992 et 2007. Bien sûr, les taux réels actuels, qui correspondent aux taux nominaux déduits de l’inflation, atteignent des niveaux extrêmes en Irlande, dépassent également ceux de 2000 en Grèce et montent dangereusement au Portugal. Cette situation peut durer si les tensions de marché sur les taux se poursuivent. D’autant plus qu’un retour de l’inflation en Europe n’est pas d’actualité.

Croyez-vous à une contagion des pressions actuelles sur les taux au marché interbancaire ?

Les tensions pourraient persister et il faudra certes continuer de composer avec une forte volatilité. Pour autant, je ne pense pas que le marché interbancaire européen puisse à nouveau se bloquer. Si nécessaire, la Banque centrale européenne (BCE) a toujours la possibilité de prolonger les opérations de refinancement des banques. Ultime secours, la banque centrale est là pour éviter un risque systémique. Elle l’a déjà démontré en mai dernier.

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