Entretien avec... Bruno Cavalier, chef économiste d'Oddo Securities

« A attendre un remède miracle du G20, on ne peut être que déçu »

le 25/11/2010 L'AGEFI Hebdo

Le G20 a demandé aux ministres des Finances de définir des indicateurs pour analyser les déséquilibres macroéconomiques mondiaux. Quels pourraient être ces indicateurs ?

C’est une démarche analogue à celle que nous voyons en Europe où la surveillance des déséquilibres ne peut plus reposer uniquement sur quelques critères comme le déficit public ou la dette publique. L’idée est de tenir compte de la compétitivité prix ou de la compétitivité coût des économies, de surveiller aussi l’endettement privé et de le subdiviser en endettement du secteur non financier et secteur financier. Déterminer des critères sera une première étape. La seconde sera de savoir quel usage fera le G20 de ces indicateurs. De savoir si on a une approche multicritère au risque de créer un système surdéterminé ou si on transforme un critère unique en règle comme aurait voulu le faire le secrétaire d’Etat américain Timothy Geithner avec sa proposition de limiter les soldes courants à + ou -4 % du PIB. De savoir si on transforme le monitoring en règles de prises de décision au risque de subir la loi de Goodhart selon laquelle lorsqu’un indicateur se transforme en objectif de politique économique, il perd de sa pertinence et sa valeur d’information.

Les milieux financiers se montrent déçus par la teneur des décisions et la lenteur à les mettre en œuvre. Y a-t-il une impuissance du G20 ?

Si on attend un remède miracle à chaque réunion du G20, on ne peut être que déçu. Il faut se garder de se focaliser sur l’aspect « Grand sommet » des réunions. Tout au long de l’année, les techniciens, banques centrales et responsables du Trésor se concertent et travaillent. Je retiens déjà que le G7-G8 s’est transformé en G20, c’est-à-dire une taille qui doit permettre d’éviter les échecs de type Doha ou Conférence de Copenhague sur le climat. C’est un point positif : on est passé d’un club de pays développés à un club de pays importants. A sa décharge, le G20 doit concilier deux horizons, un calendrier de court terme, la reprise économique, et un objectif de moyen-long terme, le rééquilibrage mondial. Toute la difficulté est de concilier ces deux agendas. Pour ce faire, un esprit coopératif entre les participants est indispensable. On touche là un point négatif : force est de constater qu’en deux ans, la volonté de coopération a diminué. En plein cœur de la crise, il existait un élan plus important de coopération et de coordination qu’aujourd’hui.

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