Le risque de paralysie

le 18/11/2010 L'AGEFI Hebdo

Nicolas Sarkozy aime les missions impossibles : le voilà servi. C’est au nouveau président du G20 que revient la tâche de conduire la prochaine étape de la réforme économique et financière mondiale. Or, après trois ans d’efforts, le Sommet de Séoul a montré à quel point celle-ci est menacée de paralysie. Non seulement parce que les grands acteurs mondiaux n’ont plus des priorités une vision assez partagée pour affermir un consensus, mais parce qu’en leur sein même, l’unicité, voire la simple cohésion de vues, s’étiole.

A Séoul, au vu de ses divergences internes, le G20 s’est contenté d’assurer de sa volonté d’éviter tout dérapage monétaire et commercial susceptible de ruiner l’économie mondiale. Le communiqué final relève moins d'un quelconque volontarisme de ses membres que d’un simple instinct de survie collective. Avec la création d’indicateurs permettant d’identifier en temps opportun les déséquilibres nécessitant des actions correctrices, il esquisse bien une démarche, mais calibrée pour être aussi peu contraignante que possible. Sur le terrain de la régulation financière, les progrès sont aussi modestes. Loin de renforcer la convergence entre les multiples démarches de régulation, volontariste en Europe, quasi inexistante dans les principales régions émergentes, le G20 se borne à se donner un an pour trancher le cas des institutions systémiques selon une approche, globale ou locale, essentiellement bancaire, très critiquable dans son principe et qui laisse largement ouvert le cas, décisif, des entités non bancaires.

Mais là n’est peut-être plus aujourd’hui le danger principal. C’est au sein même de ses grands acteurs que d’autres failles, plus récentes, apparaissent. L’Europe pourrait vivre une période d’instabilité exceptionnelle si certains de ses membres étaient acculés à réclamer une aide d’urgence, voire à une restructuration de leur dette souveraine. Cette hypothèse longtemps taboue mais désormais admise par le tandem franco-allemand pour l’après-2013, au grand dam de leurs banquiers centraux, a gagné en consistance et suffi à remettre le feu aux marchés. C’est toute la confiance en l’euro, via la cohésion de ses utilisateurs, qui serait mise à l’épreuve. La situation n’est guère plus souriante aux Etats-Unis, très affaiblis du fait de pouvoirs exécutif, législatif et monétaire incapables d’afficher une quelconque cohérence. Le nouveau Congrès, d’orientation plus républicaine, paraît notamment décidé à user de sa légitimité toute neuve pour imprimer sa marque en matière de régulation financière, quitte à défaire ce que les assemblées précédentes avaient à grand-peine élaboré. Dans un tel contexte, que vaut la parole des Etats-Unis ? Tracer une sûre voie de réforme lorsque le premier acteur mondial se trouve à ce point divisé contre lui-même pourrait s’avérer particulièrement ardu pour le président français.

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