Sociétés de gestion étrangères en France

Percer sur un marché réputé pour sa gestion de taux

le 18/11/2010 L'AGEFI Hebdo

S'implanter dans le pays suppose, pour les gestionnaires étrangers, de séduire des investisseurs soucieux de la sécurité de leurs placements.

Pour les sociétés de gestion étrangères, difficile de pénétrer le marché français ! « Vu de l’extérieur, nous percevions de nombreuses barrières à l’entrée, admet Anne-Laure Frischlander, directeur général de BNY Mellon AM France, pour qui l’Hexagone a été le dernier marché d’Europe continentale exploité (juin 2009), derrière la Suisse, l’Espagne ou encore l’Italie. D’ailleurs l’encours géré par les sociétés de gestion étrangères en France est limité à 10 % du total. Le choix des investisseurs de s’orienter en gestion actions sur leur marché domestique ou, au plus, sur la zone euro, une architecture ouverte encore mineure et une expertise forte des gérants français en gestion de taux sont autant de spécificités du marché français. » Et d'obstacles à contourner. « Impossible donc de mettre en avant notre expertise en gestion de trésorerie (avec 400 milliards de dollars sous gestion, BNY Mellon AM est le deuxième gestionnaire au monde, NDLR) dans un marché déjà largement préempté », poursuit-elle. Idem pour ING IM. « Alors qu’ING IM gère les actifs des compagnies d’assurances du groupe, nous avons fait le choix de promouvoir notre gestion obligataire sophistiquée : notamment nos fonds dette émergente libellée en devise locale et notre expertise de 'senior bank loans' gérée par une équipe de trente personnes à Phoenix », retrace Thierry Rigoulet, directeur général d'ING IM France. Le mot d’ordre pour Patricia Kaveh, directeur du développement France, Monaco et Genève chez Henderson Global Investors (Henderson GI), était tout aussi simple : attaquer l’Hexagone avec des produits innovants. Radicalement actions internationales.

Lorsque Henderson GI s’est intéressé au marché français, initialement aux mains de quelques filiales de groupes bancaires, celui-ci venait de s’ouvrir aux gestionnaires étrangers sous l’impulsion de certains gérants stars en pleine création de leurs propres sociétés de gestion. « On trouvait à l’époque essentiellement des fonds avec un style de gestion 'value' cherchant à délivrer une véritable surperformance, rappelle Patricia Kaveh. Les maisons anglo-saxonnes, pour leur part adeptes de la gestion actions de croissance ('growth'), sont arrivées en France avec des portefeuilles plus concentrés. Notre Sicav Henderson Horizon est d’ailleurs dotée de vingt compartiments resserrés autour de trente à cinquante lignes. » Sicav de droit luxembourgeois, elle a été autorisée à la distribution en France en 2003, soit deux ans après l’agrément de l’offre de fonds immobilier direct. Aujourd’hui, l’encours sous gestion pour le bureau à Paris s’élève à un milliard d’euros, hors hedge funds et fonds d’immobilier direct. Si de grands noms de la gestion anglo-saxonne ont opté pour des partenariats de distribution avec des plates-formes bancaires ou d'assurances, extrêmement coûteux, Anne-Laure Frischlander a dès le départ parié sur la mise en avant de l’organisation « multiboutique » de BNY Mellon AM. « L’idée était de jouer la diversification auprès des institutionnels à la recherche de stratégies pures et innovantes », développe-t-elle. Des spécialités de niche ont ainsi rencontré un fort succès commercial, comme le fixed income de la filiale américaine Standish, mais également la gestion flexible proposée par Newton installé à Londres, ou encore l’offre de performance absolue du gestionnaire Insight, spécialiste de cette gestion depuis 1998. Une stratégie de commercialisation gagnante puisque, aujourd’hui, BNY Mellon AM distribue pas moins de 1,2 milliard d’euros en France.

La voie du monétaire

Pour sa part, ING s’est installé en France il y a dix ans, notamment à la faveur du rachat de la Banque Bruxelles Lambert. Jusqu'à l'an dernier, la gestion de l’acteur néerlandais était distribuée par la banque du groupe ING Bank France. Depuis, un bureau de représentation a été créé (3 milliards d’euros distribués à ce jour). « En qualité de gérant d’origine hollandaise, nous avons mis en avant notre gestion LDI (sous objectif de passif, NDLR) spécifique aux gestionnaires d’Europe du Nord et notre offre de gestion diversifiée », explique Thierry Rigoulet. Par ailleurs, la gestion monétaire notée AAA, particulièrement stricte dans son process de gestion et la sélection des sous-jacents, a connu une belle percée en 2009. « Et malgré des encours français stables cette année, cette gamme reste une solution en cas de crise », souligne-t-il, optimiste. Tous ces nouveaux entrants sont condamnés à l'innovation. « Contrairement à d’autres acteurs étrangers comme Allianz ou encore HSBC qui se sont portés acquéreurs de marques françaises, respectivement d’AGF et du CCF, et dont le nom est désormais considéré comme celui de maisons françaises, nous ne pouvons pas compter sur notre signature, regrette Patricia Kaveh. Nous n’avons pas d’autre choix que celui de proposer une solution différenciante et performante. »

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