L'avis de... Jack Lifton, directeur de Technology Metals Research, société de conseil

« Le jour où Lynas commencera à produire, la bulle éclatera »

le 18/11/2010 L'AGEFI Hebdo

La Chine a diminué ses quotas d’exportation de 40 %. Les entreprises occidentales doivent-elles s’inquiéter ?

Les terres rares sont importantes pour beaucoup d’entre elles et notre technologie en dépend. Mais pour le moment, il n’y a pas de pénurie. La principale raison d’inquiétude n’est pas ce pseudo embargo, mais la consolidation du secteur en Chine et les mesures environnementales prises par le gouvernement chinois. Sur les 129 producteurs légalement reconnus aujourd’hui, il ne devrait en rester que trois principaux d’ici à 2015. La Chine sévit contre la production illégale et réduit ses quotas d’exportations. Elle fait aussi pression sur les entreprises étrangères pour qu’elles délocalisent en Chine.

Assiste-t-on à la constitution d’une bulle ?

Oui. Les fondamentaux du marché ne justifient pas les niveaux actuels des prix. L’offre et la demande sont faussées par des actions politiques. Les investisseurs, y compris des institutionnels, achètent des histoires. Il y a eu plus de 100 introductions en Bourse ces trois dernières années. Molycorp a une capitalisation de 3 milliards de dollars, ce niveau n’est pas soutenable. Le jour où Lynas commencera à produire, la bulle éclatera (cette entreprise australienne prévoit de le faire au troisième trimestre 2011, NDLR). Les prix des terres rares s’effondreront et toutes ces entreprises minières qui arrivent en ce moment sur le marché se rachèteront les unes les autres ou seront rachetées par des fabricants comme Hitachi ou General Electric, qui voudront sécuriser leur approvisionnement. Ces entreprises minières ne peuvent pas rester rentables, sauf dans les deux prochaines années. D’autant qu’elles produiront des terres rares légères, qui ont moins de valeur.

A quoi les investisseurs devraient-ils faire attention ?

On annonce des découvertes de nouveaux gisements partout. Tous ne seront pas viables. Il ne suffit pas d’avoir des résultats d’analyses chimiques positifs. De nombreuses annonces sont prématurées et faites uniquement pour vendre des actions. Seules quelques sociétés ont des gisements viables ou prouvés, comme Molycorp, Lynas, Avalon, Quest et Ucore. Sur les 163 sociétés cotées, surtout au Canada et en Australie, seules 5 environ ont le potentiel de survivre. Un investisseur doit vérifier si l’entreprise dispose de dysprosium et de terbium en quantité significative. Ces éléments sont utilisés pour fabriquer des aimants permanents capables de résister à une haute température, cruciaux dans l’électronique, les voitures hybrides et les éoliennes.

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