En Chine la décélération de l’investissement se confirme

le 19/08/2016

En juillet, les prix des logements dans principales villes n'ont augmenté que de 0,8%, un taux très faible qui confirme la décélération de l'investissement notamment immobilier

Une vue de Shanghai en janvier 2012. Le ralentissement de la croissance chinoise ne fait plus aucun doute. Photo : Qilai Shen/Bloomberg

La décélération des prix de l'immobilier en Chine est-elle une bonne nouvelle ? En juillet, les prix des logements dans les 70 principales villes du pays n'ont augmenté que de 0,8% par rapport à juin, le taux le plus faible depuis avril selon les calculs de l'agence Reuters sur la base des chiffres du Bureau national de la statistique, publiés dans la nuit de jeudi.

La stagnation ou la baisse des prix a été observée dans un nombre de villes plus élevé qu'en juin. Toutefois sur un an, le prix moyen des logements dans ces villes a augmenté de 7,9% en juillet, après +7,3% en juin. 

Ces évolutions semblent réduire le risque de bulles immobilières mais, à l'inverse, elles confirment la perte de dynamisme de l'investissement dans la construction, l'un des principaux moteurs de la croissance chinoise. 

Au premier semestre, les prix et les ventes dans l'immobilier avaient surpris par leur vigueur. Les baisses des taux d'intérêt et les mesures de relance décidées par Pékin pour contrer les difficultés de l'été 2015 (chutes boursières, craquements immobiliers) avaient porté leurs fruits. Mais le ralentissement actuel de la hausse des prix immobiliers et celui des investissements dans ce secteur suggèrent que ce rebond s'épuise, de nombreuses collectivités locales durcissant l'encadrement des transactions immobilières pour prévenir une envolée des prix et contrer la spéculation. 

"L’investissement immobilier perd encore de son élan. Mais il est trop tôt pour dire si le retournement s’est opéré dans la mesure où les ventes de logements continuent de progresser à un rythme soutenu", commente Thuy Van Pham, économiste marchés émergents chez Groupama AM. Cette perte de dynamisme est aussi le reflet d'une décélération de l'investissement en général, conséquence logique de la baisse des dépenses du secteur public après des mois d'accélération grâce aux mesures de soutien des autorités, poursuit l'économiste. 

"Nous pensons que le marché immobilier est en train de ralentir après le rebond du premier semestre. L'investissement immobilier va continuer de baisser, ce qui va accroître la pression sur l'économie", explique de son côté Wendy Chen, économiste de Nomura.

Le risque de ralentissement de la croissance est d'autant plus probable que "l'investissement privé s'est contracté pour le deuxième mois consécutif" en juillet, précise Thuy Van Pham qui constate que "les entrepreneurs du secteur privé restent prudents en matière d'investissement malgré leur profitabilité confortable".

Cette économiste estime toutefois qu' "il est trop tôt pour chiffrer l’impact de la forte décélération des dépenses d’investissement des entreprises sur la croissance". La dynamique de l’activité s'est maintenue en juillet, avec une production industrielle en hausse de 6 % sur un an, un peu en dessous du rythme de juin (6,2 %). "Les statistiques des principaux secteurs de l’industrie ont même montré un tableau plus positif", souligne-t-elle. D'autant qu' "une nouvelle baisse des taux directeurs et de nouvelles mesures de relance budgétaire sont envisageables d’ici la fin d’année", prévoit Thuy Van Pham. 

En attendant, le Securities Times a mis en garde ses lecteurs, mardi, contre le risque d'une dépendance exagérée du secteur bancaire et de l'économie au marché immobilier, notant que les prêts aux ménages, principalement constitués de crédits immobiliers, avaient représenté plus de 90% de l'ensemble des nouveaux prêts en juillet. Parallèlement, le ralentissement de la masse monétaire et du crédit risque de priver le marché immobilier de carburant, estime BofA Merrill Lynch Global Research dans une étude intitulée "Les beaux jours sont sans doute révolus pour le marché immobilier chinois".

Le cabinet britannique Fathom Consulting, lui, estime que les interventions répétées des autorités ont empêché la réduction des énormes stocks de logements accumulés par le marché et que Pékin continue de favoriser le gonflement de la bulle immobilière. "En concentrant l'investissement avant tout sur les régions qui souffrent déjà de surcapacités, la Chine joue un jeu dangereux", estime-t-il dans une étude publiée la semaine dernière.

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