Scottish & Newcastle gagne son bras de fer face à Carlsberg et Heineken

le 18/01/2008

Cette victoire du britannique prouve que jusqu’ici le rapport de force a été favorable aux cibles. Mais les assaillants pourraient devenir plus prudents

Si le marché des fusions-acquisitions s’est révélé plutôt calme sur la semaine passée comme en témoigne le bilan de L’Agefi établi avec mergermarket (voir tableau), Carlsberg et Heineken sont venus hier le sortir de sa léthargie.

Les deux partenaires ont accepté de relever leur offre sur Scottish & Newcastle de 780 à 800 pence par action. Un geste qui porte le montant total à 9,7 milliards de livres (dette incluse) et devrait permettre de débloquer la situation puisque S&N a cette fois accepté de discuter. « On semble être proche du dénouement », résume-t-on chez WestLB. D’autant que l’actionnariat très atomisé de S&N devrait se laisser séduire par cette proposition qui dépasse de 5 % à 6 % les objectifs des experts.

Alors que les équipes de Barclays pointaient récemment le « très grand risque que le consortium s’en aille », S&N aura donc gagné son bras de fer et obtenu les 20 pence supplémentaires souhaités. Et ce, même si des experts ont évoqué un risque de destruction de valeur pour le consortium. En fait, c’est surtout Carlsberg qui s’expose puisqu’il va à lui seul prendre en charge le surcoût de 195 millions de livres. En retour, il pourra prendre le contrôle total de la pépite russe Baltic Beverages Holding dont il a déjà 50 %.

Si le pari de S&N était risqué, il prouve en tout cas une nouvelle fois que dans un contexte où il est difficile d’obtenir de la croissance interne et où les entreprises ont des bilans encore sains, le rapport de force est en faveur des cibles et leur donne les moyens de résister. Une explication, selon les experts, à la montée en régime des deals hostiles (dont celui de Carlsberg et Heineken jusqu’ici).

L’an passé, ces deals hostiles ont représenté 19 % des volumes de F&A, contre 17,5 % en 2006. A 929 millions de dollars, ils ont même pratiquement égalé leur record de 1999, de 1.000 milliards. Cette année, les cibles pourraient en revanche devoir limiter leurs prétentions. Les entreprises « réfléchiront à deux fois avant de se lancer dans des opérations d’envergure au moment où la croissance des profits semble atteindre un pic. D’autant que leurs conditions de financement vont se renchérir », indiquait la semaine passée à L’Agefi Charles Henri Le Bret, responsable de l'investment banking France pour UBS. Un retour à la prudence qui devrait naturellement limiter les velléités de surenchère et d’opération hostile.

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