Le Japon hésite à se doter d'un fonds souverain

le 25/02/2008

La gestion des 1.000 milliards de dollars de réserves de change du pays fait débat. Les reponsables politiques restent pour l'heure prudents

Tokyo va-t-il bientôt entrer dans le gotha déjà fourni des fonds souverains ? La question est posée depuis plusieurs mois dans l’Archipel et le Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir devait lancer vendredi une consultation sur l’opportunité de créer un tel véhicule d’investissement. Mais le gouvernement japonais envoie dans le même temps des signaux de prudence.

« La gestion active de la richesse publique implique des risques élevés. Nous devons donc étudier en profondeur quelle part de l’argent public sera investie, dans quel but et comment, avant de prendre toute décision », a indiqué vendredi le ministre des Finances Fukushiro Nukaga. Son homologue de l’Economie, Hiroko Ota, a précisé que le plan de croissance économique qu’il dévoilera bientôt n’inclurait pas explicitement un point sur les fonds souverains.

A force d’accumuler les excédents commerciaux, le Japon s’est constitué une cagnotte de 1.000 milliards de dollars de réserves de change, investies notamment dans des emprunts d’Etat américains à faible rendement. La logique voudrait qu’une partie de cette manne soit gérée de manière plus active et plus diversifiée - comme la Chine, la Russie ou les pays du Golfe l’ont déjà entrepris. « Le Japon figurera sur la liste des fonds souverains, affirme Stephen Jen, responsable de la recherche change chez Morgan Stanley. Le pays dispose de trois sources d’approvisionnement : ses réserves de change, un important patrimoine foncier et immobilier public qui pourrait être vendu ou titrisé, et les actifs du GPIF, le fonds de pension d’Etat. » Premier fonds de pension public du monde, le Government Pension Investment Fund (GPIF) affiche 1.430 milliards de dollars d’actifs, dont environ 15,5% sont désormais investis en actions et obligations internationales, contre 2,5% en 2001.

Si la prudence s’impose encore dans les discours, c'est que les risques politiques d’une mauvaise gestion d’un fonds souverain - l'argent des électeurs - sont importants. « En Chine, par exemple, les décisions d’investissement du CIC provoquent déjà un ample débat public », rappelle Stephen Jen. Créé en 2007 et doté de 200 milliards, le fonds souverain chinois a investi au prix fort dans Blackstone juste avant la crise du crédit. Et les fonds asiatiques ou moyen-orientaux qui ont recapitalisé certaines banques occidentales sont aujourd’hui en moins-value latente.

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