Les chefs d’Etat européens aux banques : il faut déclarer vos pertes

le 14/03/2008

Sans un éclairage plus précis sur l'exposition des établissements financiers, des mesures de régulation et de surveillance ne sont pas à exclure

Galvanisés par le projet d’Union pour la Méditerranée, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept réunis depuis hier à Bruxelles auront attendu ce matin pour débattre des turbulences financières de ces derniers mois. Alors que le président de l’Eurogroupe et Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker doit aujourd’hui leur faire rapport sur la situation et la stratégie européennes, les projets de conclusions de ce sommet qui circulent depuis quelques jours à Bruxelles font état d’un avertissement lancé aux banques. « Il est de la plus haute importance de faire rapidement toute la lumière sur l’exposition aux actifs en difficulté et aux véhicules hors bilan et/ou sur les pertes subies par les banques ou d’autres établissements financiers », peut-on y lire.

Hier soir, à l’issue du dîner avec ses collègues, le président de la République a souligné son « accord » à ce sujet avec le Premier Ministre Gordon Brown avec lequel il s’était entretenu dans l’après-midi « en bilatéral ». Nicolas Sarkozy n’a pas précisé sur quoi portait cet accord, sinon que « le monde avait besoin de règles et de transparence ».

Le ton neutre des chefs d’Etat tranche avec un sentiment d’exaspération diffus perceptible depuis peu à la Commission européenne. « Nous avons là les gens les mieux formés et payés qui soient. Et on en est encore, sept mois après le déclenchement de la crise, à se demander où sont les pertes et à combien elles s’élèvent. On parle de 500 à 600 milliards de dollars. Mais, au fond, qui sait ? Cela fait partie du problème », s’énervait la semaine dernière un haut fonctionnaire.

Dans les conclusions qu’ils adopteront aujourd’hui, les Vingt-Sept devraient conforter les ministres des finances dans la stratégie adoptée en octobre 2007 : « La responsabilité [de la réponse à apporter aux turbulences] incombe au premier chef au secteur privé », même s’il ne faut pas exclure des « mesures de régulation et de surveillance en cas de nécessité ». Cette « nécessité » semble d’ores et déjà manifeste en matière de supervision. Les Vingt-Sept devraient s’entendre ce jour sur l’idée, défendue par Paris et la Commission européenne, d’une clause de convergence européenne dans le mandat des autorités nationales. Les ministres des finances consacreront en partie leur conseil informel d’avril à préciser le renforcement de la coordination entre autorités nationales, y compris en cas de défaillance ayant des conséquences transfrontalières.

A lire aussi