Carlyle Capital remet les marchés sous tension

le 14/03/2008

Du côté des dérivés de crédit, le Crossover (signatures à haut rendement) gagnait 28 pb à 625 pb, s’approchant de nouveau de son record historique de 635 pb atteint lundi, à la veille de l’intervention de la Fed. Quant à l’iTraxx Non-Financial (entreprises non financières), il battait bat son record en gagnant 14 pb à 123 pb.

Enfin, le dollar, à ses plus bas contre le yen (franchissant un temps la barre des 100 yens pour un dollar, à 99,80), l’euro (à 1,5625 pour un euro) ou le franc suisse, quasiment à parité, a encore payé le prix de cet alourdissement de l’atmosphère.

Carlyle Group a donc annoncé que CCC faisait défaut sur 16,6 milliards de dettes, qu’il ferait probablement défaut sur le solde et que les créanciers allaient liquider les actifs. Plusieurs raisons, en dehors de la taille du fonds (21,7 milliards de dollars) expliquent que cette déconfiture soit volontiers considérée sur les marchés comme un tournant.

Il s’agit d'abord d’une structure, immatriculée à Guernesey, cotée depuis l’été 2007 sous la houlette d’un des grands fonds d’investissement mondiaux, fort de 81 milliards de dollars d’actifs. Certes, Carlyle prend soin de souligner qu’il a tout fait pour soutenir CCC, lui accordant un crédit de 150 millions de dollars. Mais il relève qu’il s’agit d’«une entité séparée, sur le plan légal et de l’activité» et que son sort n’aura pas d’incidence sur ses autres activités. De fait, le groupe n’en est pas actionnaire, même si les patrons de Carlyle possèdent 15 % du fonds, géré de surcroît depuis le siège du groupe à New York par John Stomber, directeur général de Carlyle Group.

Ce dernier encourt donc un risque de réputation élevé, compte tenu de son appel public à l’épargne et des conditions de la liquidation du fonds mais aussi des leviers utilisés, qui se montaient à 32 ! La mise en fonds propres des clients s'élevait à 670 millions pour un portefeuille de 21,7 milliards de dollars !

L’affaire marque en oute une nouvelle extension de la crise en ce qu’elle touche une structure dont les actifs étaient des RMBS notés AAA émis par les agences Freddie Mac et Fannie Mae. Elle illustre encore l’état de dégradation des rapports entre les fonds et leurs banquiers (Deutsche Bank et JPMorgan Chase pour l'essentiel), prêts à en découdre pour limiter leurs pertes.

Elle invite enfin à s’interroger sur la responsabilité des places de marché et des autorités de régulation, en l’occurrence néerlandaise. Celles-ci, pour attirer les sociétés à la cote ont-elles été suffisamment prudentes et quelle attitude adopteront-elles face à la liquidation qui se précise d’un fonds aussi important à peine entré à la cote ? La question vaut d’autant plus d’être posée qu’un autre fonds au moins, dans l’orbite de KKR celui-là, bataille lui aussi avec ses créanciers.

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