Mise à jour... 18 mois après, de l'étude La Gestion alternative en France, de Reinhold Partners

le 30/01/2012

Mi-juin 2010, à la demande de l’AFG et pour étayer les discussions qui avaient alors lieu au sein du Haut Comité de Place, nous avions réalisé une étude sur le marché français de la gestion alternative. En ce début d’année 2012, il nous a semblé opportun de faire un point sur les évolutions qui ont marqué les derniers mois.

Un premier point sur le marché global : d’après BarclayHedge, les encours globaux estimés à fin 2011 sont d’un peu plus de 2.000 milliards de dollars alors qu’ils étaient de 2.300 milliards en 2007 avant la crise. Les encours des hedge funds sont progressivement remontés depuis 2007 avec un plus haut à la fin du 1er semestre 2011 à un peu plus de 2.100 milliards. Au sein des différentes stratégies, si la plupart suivent le même mouvement de forte baisse des encours en 2007-2008 suivi d’une lente remontée, il est à noter que les stratégies CTA, Global Macro et MultiStrategies ont connu des hausses quasi ininterrompues d’encours. Situation qui contraste avec les encours des Fonds de Hedge Funds qui voient, eux, leurs encours baisser depuis 2007 à 520 milliards de dollars aujourd’hui contre 1.192 milliards avant la crise.

L’industrie de la gestion alternative, contrairement à ce que certains auraient pu penser connait un fort dynamisme dans de nombreux pays. Si de nombreux lancements continuent d’avoir lieu aux Etats Unis, d’autres pays connaissent également une forte croissance dans cette industrie. Le Canada a vu les créations de Lawrence Park Capital Partners, un hedge fund créé par un ancien managing director de Deutsche Bank, David Fry, et East Coast Fund Management, créée par des anciens de Scotia Capital et RBC et ce pays a surtout connu une nette accélération de la collecte venant d’investisseurs institutionnels.

C’est d’ailleurs un des points marquants qui mérite d’être largement souligné : à l’échelle mondiale, le seeding* est de plus en plus apprécié de la part des investisseurs institutionnels, soit en direct (les emerging managers program des institutionnels américains), soit via des sociétés de gestion spécialisées. Un engouement qui ne va pas s’essouffler puisque d’après Goldman Sachs, c’est entre 10 et 20 milliards de dollars que les investisseurs américains consacreraient aux seuls emerging managers en 2012. La raison de cet engouement est peut-être à chercher dans la crise. En effet, que pèsent dorénavant les sacro-saintes cinq années de track record que devaient nécessairement avoir les gérants (c’est-à-dire qui couvriraient aujourd’hui la période 2007–2011) dans un monde fait de nouveaux paradigmes, sans actif sans risque, sans dette AAA etc… ? Aujourd’hui, les investisseurs semblent vouloir faire davantage confiance à des gérants nouveaux, capables d’apporter des idées neuves dans un monde qui a évolué. C’est particulièrement dans la gestion alternative que ces nouveaux gérants opèrent et donc, il y a de fortes chances que l’année à venir voit nombre de nouvelles boutiques de gestion alternative se créer grâce au seeding.

Un autre grand enseignement qu’il faut tirer de la phase actuelle est la repolarisation de l’industrie des hedge funds vers les zones à forte croissance économique et financière. La crise a surtout validé et accéléré la bascule de l’offre de hedge funds – et dans une moindre mesure de la demande – vers les économies émergentes. On ne peut que constater un fort accroissement du lancement de hedge funds qui prennent des paris sur les actifs de ces pays (actions et obligations mais aussi évidemment commodities et plus marginalement property). Afin de gagner en légitimité et en efficacité, on assiste concomitamment à l’installation des gérants dans ces pays. Les gérants seront sans doute de plus en plus nombreux à s’installer dans des centres consensuels qui permettent de couvrir les économies émergentes et de bénéficier des capitaux situés dans ces régions. Les nouveaux eldorados des hedge funds managers se situent à Hong Kong, pour la couverture de l’Asie du nord et de la Chine, à Singapour afin de couvrir l’Asie du sud-est et l’Inde, mais aussi – encore très marginalement – à Sao-Paulo pour le Brésil et Miami pour l’Amérique centrale et du sud hors Brésil.

Côté réglementation, il est évident que les 18 derniers mois ont été plus que riches. S’il est vain de citer toutes les modifications ou projets de modification qui ont vu le jour, on peut cependant mentionner les plus importants, tels qu’AIFM (level 1 et 2), Dodd Franck Act, EMIR, FATCA, régulation du Short Selling… Les réglementations actuellement en gestation auront bien évidemment un effet sur la gestion alternative (UCITS 5) et des nouveaux acteurs essayent actuellement d’anticiper ces changements pour se placer dans la course à la domiciliation des hedge funds (ou des AIF), comme Malte par exemple.

La France a aussi connu des changements, tant dans l’industrie que dans son écosystème. Elle a historiquement été plus présente sur le créneau des fonds de hedge funds, à la fois car les single managers européens étaient basés à Londres et que les institutionnels français appréciaient de passer par ces professionnels qui assuraient la sélection des meilleurs gérants. La crise de 2008 a laissé des traces et les acteurs de ce secteur semblent avoir du mal à collecter à nouveau, à l’image de la situation mondiale des fonds de hedge funds. On assiste par ailleurs à une certaine concentration de ce secteur. Pourtant l’industrie de la gestion alternative en France n’est pas atone. Le marché intéresse des groupes étrangers qui viennent s’implanter en France pour tenter d’y développer leur base de clients. On citera par exemple HRS, multigérant canadien ou encore Fauchier Partners, multigérant anglais qui sont venus s’implanter en France dans les 18 derniers mois. La multigestion alternative n’est pas le seul secteur à se redévelopper. De nombreux projets de création de société de gestion alternative « single strategies » sont actuellement à l’étude. Le coût global de la vie au Royaume-Uni et la modification du régime « Non Dom » poussent des gérants à envisager sérieusement Paris comme lieu de création de leur société de gestion. La fin 2011 a, par exemple, donné lieu à d’intenses spéculations sur la création en France d’une société de gestion dirigée par un français ancien gérant vedette de Gartmore.

Le « buy side » n’est pas en reste puisque différentes initiatives semblent corroborer l’intérêt naissant à la fois pour les sociétés de gestion « entrepreneuriales » et alternatives. En effet L’AF2I (Association française des investisseurs institutionnels) a publié en janvier 2012 une «charte de l’investisseur», comme annoncé par l’AFG, pour ses membres qui souhaitent investir dans des sociétés de gestion entrepreneuriales et un guide de due diligences à mener pour des investissements dans des gestions alternatives. Ces initiatives concourront à n’en pas douter à faciliter les investissements par les membres de cette association dans des fonds de nouveaux gérants alternatifs qui s’implanteront à Paris.

Pour finir, il faut également noter la volonté de la place financière française de permettre l’éclosion de nouveaux talents. Le 5 juillet a donc été annoncé la création de l’OPCVM Emergence, qui « investira dans les fonds des gérants les plus talentueux et offrant un solide potentiel de développement ». Si cette initiative, que nous avions recommandé tout comme l’initiative de créer Paris Fund Industry dans notre rapport, va sans aucun doute dans le bon sens, il convient de noter malgré tout que la France comme lieu de domiciliation d’un fonds alternatif est encore absente des radars des gérants et, plus grave, des investisseurs. Luxembourg, Dublin, Malte en Europe et toujours les centres des Caraïbes continuent d’attirer les domiciliations de fonds. La transposition de la Directive AIFM sera-t-elle l’occasion de mettre l’accent cette fois sur les fonds français ? Est-ce d’ailleurs une nécessité ou attirer sans cesse les nouveaux gérants afin qu’ils puissent développer des produits adaptés aux attentes de leurs investisseurs n’est-il pas plutôt le graal que l’ensemble de la profession devrait chercher ?

*Le seeding consiste, pour un investisseur, à engager les premiers capitaux nécessaires au lancement d’un fonds et à son développement commercial. Le ou les premiers investisseurs bénéficient généralement de conditions plus favorables et prennent, selon les modèles, du capital de la société de gestion ou un profit sharing.

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