VaR et stress tests, des calculs à haute teneur technologique

Les gérants investissent dans des systèmes offrant une vision des risques pour l’ensemble de leurs portefeuilles et accessibles à toutes les équipes.

Par Christophe Quester le 09/06/2011 pour L'AGEFI Hebdo

 
 
 
 

Le facteur réglementaire n'est pas la seule raison d'implémenter des calculs de VaR (‘Value-at-Risk') dans les sociétés de gestion, déclare Olivier Bibiano, directeur des risques à la Banque Postale Asset Management. Les systèmes dédiés aux calculs de la VaR peuvent également servir aux équipes commerciales et de gestion pour apporter une meilleure réponse produit. » Ainsi, dans le cadre de Solvabilité II, les assureurs, clients des sociétés de gestion, vont être amenés à demander un pilotage des fonds via l'indicateur SCR (Solvency Capital Requirement), qui comprend des calculs de VaR. Le ratio permet de calculer la perte maximale que peut subir un portefeuille d'actifs étant donné un niveau de confiance et un horizon temporel donnés. La notion n'est pas récente puisqu'introduite dans la réglementation Bâle I en 1988. Mais son calcul est exigé par le régulateur depuis janvier 2007 pour les OPCVM complexes. « Cependant, la VaR, quel que soit son mode de calcul, n'est pas un indicateur suffisant pour mesurer les risques. Rien, dans les calculs de VaR avant 2008, ne permettait de prévoir la crise. Il s'agit d'une mesure imparfaite, d'où la nécessité de mettre en place des ‘stress tests' (tests de résistance, NDLR) »,
prévient Michel Delouya, head of market risk chez CCR AM (Groupe UBS). Les stress tests consistent à appliquer des chocs extrêmes sur l'évolution des différents facteurs de risques intervenant dans le calcul de la VaR. « Des scénarios hypothétiques sont élaborés, non par la direction des risques seule, mais par l'ensemble des services de la société de gestion »,
explique Pascal Marnay, responsable du contrôle des risques chez Groupama Asset Management.
Les sociétés de gestion investissent donc massivement dans des systèmes dédiés pour les calculs des risques, capables de calculer différents types de VaR, mais également de « stresser » l'ensemble des portefeuilles gérés.
Des mises en place complexes
Des outils complexes, difficiles à mettre en oeuvre car faisant appel à des modèles et des règles de calcul très sophistiquées et nécessitant une infrastructure capable de traiter de très gros volumes de données de façon performante. Ainsi, chez CCR AM, le système d'information global repose sur le logiciel Sophis depuis 2006, dont un module, Sophis Value, gère la tenue des positions et les calculs d'exposition, et l'autre, Sophis VaR, sert aux calcul de la VaR et de stress test. « Nous avons mis plusieurs années avant de l'exploiter pleinement, raconte Michel Delouya. Pour chaque classe d'actifs, il faut non seulement choisir les modèles de valorisation appropriés, mais aussi les calibrer correctement et les alimenter avec des données de qualité. Cela est crucial pour des données non immédiatement observables comme la volatilité implicite des options, dont le niveau est déterminant pour le calcul des expositions sur les fonds. » Chez CCR AM, les surfaces de volatilité sont calculées quotidiennement par l'équipe Market Risk Control, à partir des prix cotés des options et par inversion des formules de valorisation. Le périmètre est d'environ 100 sous-jacents indiciels et actions. Pour un sous-jacent indiciel, une surface représente environ 250 données de volatilité, qui sont ensuite revues et archivées dans Sophis.
Pour La Banque Postale Asset Management, un nouveau système central de gestion des risques devrait être opérationnel courant juin pour le lot 1, c'est-à-dire concernant tous les OPCVM à l'exception des produits structurés. Il est basé sur un outil de gestion des données, de l'éditeur Cadis, destiné à alimenter le logiciel Algorithmics pour le calcul des risques. « La donnée, c'est le nerf de la guerre, notre métier consiste à retraiter des informations », déclare Olivier Bibiano. Aussi, dès 2009 a été constituée une équipe de quatre personnes dédiée aux référentiels de données. « Auparavant, nous disposions d'une source unique de données qui alimentait nos différents systèmes de risques, couvrant chacun une classe d'actifs spécifique, détaille-t-il. Désormais, nous avons à notre disposition un système multisource de données pour un seul système centralisé couvrant tous les types de risques. » Accompagnée par le cabinet spécialisé dans les données de marché Nexeo, l'intégration de Cadis a nécessité entre 800 et 1.000 jours/homme, auxquels se sont ajoutés 500 jours/hommes pour l'intégration d'Algorithmics. Outre la capacité de ce dernier à prendre en charge les calculs de risques pour l'ensemble des classes d'actifs intéressant les équipes de gestion de la Banque Postale Asset Management, c'est son interface accessible et adaptable qui a été un critère de choix significatif. « Un commercial bénéficiera de la même interface qu'un gérant, avec des tableaux de bords préparamétrés, souligne Olivier Bibiano. Si ce commercial a besoin d'un indicateur spécifique comme une CVaR (VaR conditionnelle), il se tournera vers l'équipe risques qui s'assurera qu'il maîtrise bien cet indicateur. »
Maxi-serveurs
En termes d'infrastructures, preuve de la complexité de ces outils, La Banque Postale Asset Management a mis en place les plus gros serveurs informatiques de son existence. Mais ses équipes informatiques réfléchissent à une architecture basée sur des graphiques de type Tesla, comme ceux du concepteur de cartes graphiques Nvidia, « permettant des performances supérieures pour un coût bien moindre », selon Olivier Bibioneau. Chez Groupama AM, la philosophie est un peu différente, concernant le système de gestion des risques, pas encore complètement centralisé. Depuis septembre 2010, c'est l'outil UBS Delta qui assure le calcul des VaR et autres stress tests sur les produits de taux. Auparavant, c'était le logiciel APT qui officiait. « Nous menions une réflexion depuis deux ou trois ans pour un outil de gestion des risques plus pointu pour la gestion obligataire. APT nous apporte pleine satisfaction pour la gestion actions mais était en plein développement pour les produits de taux », se souvient Pascal Marnay. UBS Delta a été sélectionné sur la qualité de son modèle de risques, mais aussi sur la qualité de son référentiel de données. « Nous allons gagner en productivité car auparavant, nous étions obligés de nous focaliser sur certains portefeuilles. Avec cette chaîne automatisée, nous allons pouvoir ‘stresser' davantage de nos portefeuilles », explique Pascal Marnay. Mais lorsque Sophis Value servira d'outil commun de tenue de position pour toutes les classes d'actifs gérées, la coexistence de deux systèmes de calcul de risque posera potentiellement des problèmes méthodologiques pour réconcilier les stress tests. « Nous commençons à regarder ce que peut donner UBS Delta sur les portefeuilles actions », dévoile Pascal Marnay.

 
 
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