L'année dernière à la même époque, nombreux étaient les gérants qui vantaient les qualités des obligations convertibles. Ces actifs présentaient alors en effet des performances qui, contrairement aux actions, renouaient avec les plus hauts constatés en 2007. Cependant, à partir du printemps, les interrogations sur la croissance et la crise de la dette souveraine européenne ont eu raison d'une partie de leur bonne performance passée, même si ce mouvement a été moins violent que sur les actions de la zone euro puisque l'indice Exane ECI Euro a perdu 8,6 % sur l'année, contre une baisse de l'EuroStoxx 50 de 17,1 %. Mais aujourd'hui, certains croient plus que jamais dans cette classe d'actifs et veulent convaincre aussi bien les institutionnels que les conseillers en gestion de patrimoine que c'est le bon moment pour s'y exposer. L'Agefi Actifs revient sur les points forts et les points faibles de ces instruments.
Une année (encore) atypique.
Les convertibles, instruments hybrides entre la dette et les actions, auraient pourtant dû théoriquement être davantage protégées des déboires qui ont touché les marchés l'année dernière, du moins pour celles dont l'exposition aux pays périphériques de la zone euro et au secteur bancaire demeurait mesurée. Par ailleurs, leur sensibilité aux actions restait prudente, entre 35 et 40 % sur la totalité de l'année. Alors, pourquoi certaines ont-elles sous-performé ? La baisse des convertibles provient avant tout de la dégradation de leur valeur crédit. « Les convertibles présentaient un fort biais sur les moyennes capitalisations non notées. Or, après la baisse des marchés, ces valeurs ont naturellement perdu de leur convexité et sont devenues, pour certaines, de pures valeurs taux. Et à l'époque, rares étaient les investisseurs qui se risquaient à se positionner sur des obligations d'entreprises non notées, qu'elles soient convertibles ou non », explique Emmanuel Martin, directeur général et responsable des gestions chez Acropole AM. « La baisse des obligations convertible de l'année dernière est donc non seulement due à la baisse des actions, mais aussi – et surtout – à cause d'une dégradation de leur composante crédit », explique Hubert Lemoine, responsable du pôle obligations convertibles chez Schelcher Prince.
Valorisation attractive.
Aujourd'hui, la situation semble avoir changé. Les prix des obligations convertibles valorisent notamment une proportion de faillite très supérieure à ses niveaux réels. Ainsi, pour les obligations notées BBB par exemple, le marché anticipe un taux de faillite à cinq ans de 27,2 % (avec un taux de recouvrement de 40 %), alors que la moyenne sur cinq ans de ce même taux de faillite est de 2 % et a atteint au maximum 5 % au plus fort de la crise. Autre point positif, « la mise en place d'opérations de refinancement à trois ans (LTRO, long term refinancing operation) par la Banque centrale européenne à la fin du mois de décembre commence à détendre le marché du crédit,constate Hubert Lemoine. Les banques pourront plus normalement assurer leur rôle de financement des entreprises, même si elles restent encore concentrées sur leurs propres problématiques de refinancement en 2012 ».
Cette amélioration sur le front du crédit permet à certains gérants de jouer le rattrapage des convertibles sans forcément augmenter leur risque actions. C'est notamment le cas d'Emmanuel Martin, qui explique que, « dans la situation actuelle, les améliorations sur le crédit ou les flux sur les convertibles peuvent entraîner un rebond de la classe d'actifs sans qu'il soit nécessaire d'augmenter la sensibilité des portefeuilles par rapport aux actions (Ndlr : mesurée par le delta) ».