Bilan macroéconomie

Une année charnière pour l'économie mondiale

Alors qu’au début de l’année 2008 les indicateurs économiques n’inquiétaient pas encore les professionnels, la situation a fortement évolué au second semestre A partir du mois de septembre et la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, les inquiétudes concernant la croissance mondiale se sont matérialisées

Par Franck Joselin le 19/12/2008 pour L'AGEFI Actifs

 
 

Les liens entre la finance et l'économie ne sont pas toujours clairs. Ainsi, au début de l'année 2008, alors que la crise financière s'était déjà bien matérialisée et que les premières banques avaient donné des signes de faiblesse, le ralentissement économique ne constituait pas une cause d'inquiétude pour les professionnels. Mais à partir du mois de septembre, la donne a changé. Les facteurs d'une récession plus longue qu'attendu sont maintenant réunis.
Une année en deux temps. 2008 s'est donc déroulée en deux périodes bien distinctes. Ainsi, au début de l'année, l'activité restait encore soutenue et les indicateurs ne faisaient qu'augurer un ralentissement très mesuré de l'économie. C'est seulement après l'été que le retournement s'est confirmé de manière beaucoup plus brutale. « Les indicateurs d'activité macroéconomiques (comme la croissance, les exportations ou la consommation) et de confiance (comme l'indice ISM aux Etats-Unis ou IFO en Allemagne) se sont effondrés à partir de ce moment. Et même si certains indicateurs avancés ne mesurent pas l'ampleur d'un ralentissement, le signal qu'ils envoient est, le plus souvent, celui de la tendance à venir », précise Frédérik Ducrozet, économiste au
Crédit Agricole. Aujourd'hui, les données concernant la production ou la consommation rattrapent donc le signal que donnaient les enquêtes de confiance à partir du début du troisième trimestre.


La scission de l'année en deux périodes bien distinctes s'illustre également par les interventions des autorités. « Depuis l'été 2007, les autorités se sont préoccupées des symptômes de la crise en injectant des liquidités, note Anton Brender, directeur des études économiques de
Dexia AM. Ce n'est qu'à partir de mi-septembre qu'elles se sont attaquées à ses causes : le système ne peut porter la totalité des risques qu'il a pris. Il faut l'y aider soit en lui amenant des capitaux propres - en recapitalisant les banques -, soit en en retirant des risques - en rachetant des dettes et en donnant des garanties. »


Du financier au réel. Au mois de septembre, après la faillite de Lehman Brothers, « nous sommes passés d'une crise rampante à une crise financière aiguë », constate Anton Brender. « Cette crise financière, par ses implications sur le crédit et la confiance, a affecté l'économie réelle. Le quatrième trimestre se traduira sans nul doute par une contraction très forte de l'activité », complète-t-il.
Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, le secteur financier conditionne la disponibilité de crédit, beaucoup utilisé par les consommateurs. Ces derniers ont été d'autant plus touchés que leur capacité à s'endetter est également conditionnée par le niveau des prix de l'immobilier. Dans la zone euro, la situation reste très différente car les consommateurs ont peu recours au crédit pour financer leur consommation courante. En revanche, les entreprises ont du mal à financer leurs investissements, d'autant que leur taille moyenne est plus petite qu'aux Etats-Unis et que, de ce fait, elles peuvent moins facilement avoir recours aux financements bancaires.
Un ralentissement inéluctable. Si la crise financière est un élément qui marquera la fin de l'année 2008 et certainement l'année 2009, plusieurs événements ont, avant cela, au moins partiellement provoqué un ralentissement. L'un des premiers chocs ayant atteint l'économie a été lié à la progression du prix du pétrole. Ainsi, « la hausse du cours du baril pendant le premier semestre a favorisé l'inflation et fait baisser le revenu réel des ménages. C'est une des raisons pour lesquelles, dès le début de l'année 2008, la consommation marquait déjà un ralentissement  », note Christophe Blot, économiste à l'
OFCE.


En Europe, le niveau de l'euro particulièrement haut a également contribué à freiner les exportations. « A elles seules, les hausses du pétrole et de l'euro auraient suffi à freiner l'activité de la zone euro », note Frédérik Ducrozet. « Le ralentissement de l'économie aurait sans doute eu lieu, même sans la crise financière, mais il aurait été moins brutal, aussi bien dans la rapidité avec lequel il est intervenu que dans son ampleur », déclare Laurence Boone, chef économiste chez
Barclays Capital.


Année noire à venir. Pour 2009, les économistes attendent la matérialisation du ralentissement de la production et des exportations. « Les chiffres de croissance seront très mauvais l'année prochaine, aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe », note un économiste. Si ces derniers sont si sûrs de leurs prévisions, cela est notamment dû aux « effets d'acquis », c'est-à-dire la matérialisation, en 2009, des mauvaises nouvelles contenues dans les chiffres de la fin de l'année 2008. Quel que soit le scénario pour la seconde partie de 2009, les chiffres macroéconomiques ne pourront mécaniquement pas être positifs l'année prochaine.
« Une baisse de la confiance des ménages et des entreprises, conjuguée à un recul de la consommation et à la difficulté d'obtenir des crédits, entraînera un ralentissement de la croissance pour l'année 2009 », déclare Christophe Blot. En Europe, la situation se révèle cependant différente selon les pays. « L'Espagne, par exemple, sera très touchée par sa propre crise immobilière, tandis que l'Allemagne sera davantage affectée par le ralentissement de l'économie mondiale. D'autres pays, comme la France ou l'Italie, restent plutôt intermédiaires et souffriront à la fois des restrictions de crédit et du ralentissement international », précise Laurence Boone.
Rebond espéré. Si certains économistes n'excluent pas un scénario en « L », c'est-à-dire une récession profonde et durable des économies américaine et européenne, d'autres tablent plutôt sur un scénario en « U », caractérisé par une reprise après une période de 12 à 18 mois de latence. « Le rebond proviendra d'une amélioration du climat de confiance. C'est pourquoi les autorités resteront très actives, avec des réponses globales à la crise utilisant à la fois les outils de politique monétaire et les outils fiscaux », anticipe Frédérik Ducrozet.
Selon l'OFCE, pour la France, le plan de relance de 26 milliards d'euros - soit 1,3 point de PIB - lancé au début du mois de décembre pourrait atténuer le ralentissement de 0,5 point. « Sans plan de relance, nos prévisions tablent sur une récession de -0,7 % pour 2009, contre -0,2 % avec le plan », précise Christophe Blot.
Quoi qu'il en soit, la reprise de l'économie reste conditionnée à l'assainissement du système financier. « Pour que la crise se résorbe, il faudra avant tout une normalisation du secteur financier. C'est seulement à cette condition que nous retrouverons une disponibilité de crédit permettant de financer l'économie »,
conclut Laurence Boone.

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