Il est en France un travers national qui s'apprête à sévir à la défaveur de la campagne: mieux vaut avoir tort tout seul que raison avec les autres. Paris paraît décidé à presser le pas sur la taxe sur les transactions financières, la fameuse «taxe Tobin», quitte à agir seul et non plus en coordination avec ses voisins européens. Chacun sait que le président-pas-encore-candidat-mais-presque est un chaud partisan de cette mesure. Or non seulement le G20 s'est bien gardé d'emboîter le pas à l'Europe sur le sujet, mais au sein de l'Union, même les pays acquis à la taxe insistent pour que toute initiative demeure européenne. C'est vrai du président du conseil italien Mario Monti, comme d'Angela Merkel qui s'entretient avec Nicolas Sarkozy aujourd'hui. La «taxe Tobin» est, on le devine, le type même de la mesure qui réjouit ceux qui ne connaissent la finance que par le détestable qu'en-dira-t-on, mais qui laisse circonspect ceux qui savent à quel point, dans ce secteur, les désavantages compétitifs se paient cash en termes de délocalisations. La Fédération bancaire française ne manque pas de rappeler, à juste titre, que les Suédois, qui l'avait créée seuls dans les années 90 ont fait ensuite machine arrière. Or même si des propositions de la Commission sont sur la table, une initiative française isolée s'annonce d'autant plus dangereuse que de nombreux points essentiels, l'assiette, les taux, le traitement des produits dérivés, ne sont pas tranchés en Europe.