L'opération réalisée sur Spie marque le retour des LBO d'envergure sur le marché français. Un consortium, composé des fonds Clayton Dubilier & Rice, Axa Private Equity (PE) et la Caisse des dépôts du Québec, est entré en négociations exclusives pour la reprise du groupe d'ingénierie électrique, contrôlé par PAI Partners, en proposant 2,1 milliards d'euros. Après le LBO sur Picard Surgelés l'été dernier, celui sur Spie laisse espérer d'autres opérations de taille, à l'image par exemple de Vivarte.
L'opération Spie «confirme la tendance positive du marché LBO», estime un banquier. Si certaines opérations ont «encore du mal à trouver des financements, l'opération sur Spie montre toutefois que le marché français dispose de liquidités suffisantes pour un dossier à 2 milliards d'euros, dès lors qu'il s'agit d'un bel actif comme Spie», relève un banquier. Plusieurs transactions dépassant le milliard sont en effet en cours de cession ou sur le point de l'être, à l'image de Foncia.
Dans le cadre du LBO sur Spie, le consortium a repris l'intégralité du capital, à savoir la participation de 88% de PAI et le solde détenu par les salariés. «L'idée est de reconstituer l'actionnariat salarié à la même hauteur, voire à l'augmenter», indique une source proche du dossier. Si la nouvelle composition du capital n'a pas été divulguée, Clayton Dubilier & Rice aurait repris près des deux tiers du groupe, aux côtés d'Axa PE et de la Caisse des dépôts du Québec qui co-investit avec le fonds français dans le cadre d'un accord stratégique.
Sur le plan du financement, le montage intègre une dette senior d'un peu plus d'un milliard d'euros qui inclut une grosse ligne d'acquisition. S'y ajoute une tranche subordonnée high yield de près de 400 millions d'euros, une structure désormais très répandue dans les gros LBO et qui permet de monter les leviers. Dans le cadre de l'offre quasiment préemptive du consortium, «l'idée est de placer l'obligation high yield avant fin juillet, les conditions de marché étant plus incertaines au-delà. La syndication de la dette senior va prochainement débuter», explique une source.
A 1,4 milliard, la dette représent donc les deux tiers du prix d'achat. Sur la base d'une valeur d'entreprise de 2,1 milliards d'euros, «l'opération a été réalisée avec des multiples compris entre 9 et 9,5 fois l'Ebitda du groupe et de 10 et 10,5 fois son Ebit», relève une source. Le multiple de dette, lui, «est légèrement inférieur à 6».
Par ailleurs, la ligne de titrisation de créances commerciales déjà mise en place par le passé par la Société Générale, d'un montant d'environ 250 millions d'euros, devrait être reconduite. Le financement est apporté par un pool bancaire composé de Morgan Stanley, HSBC et la Société Générale - également coordinateurs globaux sur l'émission high yield -, avec Deutsche Bank et Crédit Agricole CIB en soutien.
Alors qu'il était en concurrence avec deux offres parallèles, celles de CVC Capital Partners et Goldman Sachs d'un côté et de Bain Capital et Carlyle de l'autre, le consortium aurait logiquement offert le prix le plus attractif. PAI réalise ainsi une belle opération. Le fonds avait acquis la société fin 2005 pour un montant de 980 millions d'euros. Si PAI avait réinvesti dans le cadre d'un refinancement un an plus tard, la plus-value devrait toutefois être proche du milliard d'euros, selon une source proche du dossier.