Pour sortir renforcée de la crise, la France doit investir sur son tissu d'entrepreneurs et de PME. Le grand emprunt va affecter 2,5 milliards sur les 35 milliards aux PME. Mais c'est la transformation de l'épargne privée en investissement dans l'économie réelle qui déterminera notre capacité à développer un « Mittelstand » à la française, avec des PME opérant à l'échelle mondiale, innovantes, prenant pied sur les marchés émergents, pour rendre l'économie française agile, tirer avantage de la globalisation et se positionner sur la croissance verte et numérique, qui va déterminer la compétitivité des nations au XXIe siècle.
L'économie française dispose pour cela de deux atouts majeurs, qu'elle valorise mal, et d'une bombe à retardement qui va la pénaliser durement face à ses concurrents étrangers, qui disposent déjà des fonds de pension.
Deux atouts majeurs.
Une épargne abondante de 1.500 milliards d'euros (1.200 milliards d'encours d'assurance vie, investis à plus de 80 % dans des produits monétaires et obligations, ainsi que 300 milliards sur les Livrets A) mais qui rapporte peu aux Français - 2 % de rendement net -, et un taux d'épargne record de 17 % du revenu des ménages en 2009 qui traduit la peur du devenir des systèmes de retraite.
Un bouillonnement entrepreneurial qui n'a jamais été aussi fort (300.000 autoentrepreneurs et 500.000 créations d'entreprises en 2009), des innovations dans tous les secteurs (internet, croissance verte, biotechnologies...), mais qui ont du mal à grandir, faute en particulier d'investissements en fonds propres.
Bombe à retardement.
Mais la mise en oeuvre de Solvency II constitue une bombe à retardement, en particulier pour l'assurance vie, qui va contraindre les institutionnels français à non seulement réduire leurs investissements dans les PME non cotées, mais aussi à se retirer de l'actionnariat des grandes entreprises dont ils constituaient le noyau durable.
Ressource PME.
La croissance économique et la création des emplois de demain viendront des entrepreneurs et des PME plus que des grandes entreprises, qui créent peu d'emplois et délocalisent beaucoup. Dans la nouvelle donne économique qui se dessine en ce siècle, la France ne doit pas commettre l'erreur de 1939, où la ligne Maginot (les entreprises du CAC 40 ?) avait été privilégiée au détriment des chars, avions, navires (les entrepreneurs et les PME) tombés dans l'oubli. Pourtant, en 2009, la France aura investi à peine 2 milliards d'euros sur ses PME qui représentent plus de 60 % de l'économie.
Quadruple affectation.
Les moyens pour y parvenir doivent s'articuler autour d'une dynamique d'un partenariat public-privé, articulée entre le Fonds stratégique d'investissement (FSI) et le marché, réconciliant durablement Keynes et Schumpeter autour des entrepreneurs et des PME :
- Affecter au FSI les 2,5 milliards d'euros du grand emprunt de 35 milliards aux fins d'investissement en fonds propres dans l'économie réelle, pour les entrepreneurs et les PME.
- Renouveler l'accord de septembre 2004 de Bercy avec les assureurs s'engageant à ce que 2 % de l'assurance vie soit investis en fonds propres dans les entreprises de croissance, cotées et non cotées, exclusivement par apport de capital, clairement traçables. Cela représenterait environ 30 milliards d'euros au total à investir d'ici à décembre 2012, soit 10 milliards d'euros par an.
- Pérenniser les FCPI FIP que l'Europe nous envie et qui permettent aux Français d'orienter leur épargne vers les PME.
- Enfin, point central, réformer les retraites pour assurer, grâce à la création de fonds de pension à la française, une meilleure orientation de l'épargne vers l'investissement en actions, en particulier non cotées, et construire un système financier qui organise durablement l'investissement en fonds propres dans l'économie française seul susceptible de générer des rendements durables supérieurs à 5 % par an pour les épargnants français.
Partenariat public-privé.
Cette quadruple affectation des moyens doit être l'occasion d'un partenariat public-privé afin de capitaliser en particulier sur l'expérience réussie de FSI France Investissement (1,3 milliard investis en deux ans) et de bâtir en France, durablement, une Place de marché finançant l'économie réelle.
Ce partenariat public-privé doit entraîner les investisseurs institutionnels, qui ne peuvent plus juste collecter l'épargne des Français en servant un intérêt de 2 % par an, mais doivent s'organiser pour investir cette épargne dans l'économie réelle avec une rentabilité comprise entre 5 et 7 % par an.
C'est en étant financées et accompagnées efficacement que les PME françaises les plus dynamiques grandiront pour devenir des champions de leurs secteurs dans ce monde nouveau qui se dessine et nécessite beaucoup d'agilité. C'est par le bas de la pyramide économique, à partir de ceux qui bougent, les entrepreneurs, que la France fera la révolution économique qui déterminera sa compétitivité demain et aussi la pérennité de son modèle social !
Par Grégoire Sentilhes, président de NextStage et des Journées de l'Entrepreneur, et Jean Bernard Schmidt, partner Sofinnova et ancien président de l'EVCA.