Oddo & Cie (Oddo) a senti le vent tourner. En cédant, avant que le scandale n'éclate au grand jour, ses parts dans Luxalpha, véhicule estampillé Madoff, Oddo a pu obtenir mercredi gain de cause auprès de la justice luxembourgeoise. «J'ai rejoint Oddo en mars 2008 et j'ai procédé à une revue complète du portefeuille. Je n'arrivais pas à comprendre comment ce fonds délivrait une telle performance», explique à L'Agefi Thierry Deheuvels, directeur de la gestion chez Oddo Asset Management.
La société de gestion, qui détenait des parts de Luxalpha via quatre fonds de fonds, a dès lors décidé de sortir du véhicule. «Les cessions de titres se sont faites progressivement, afin de réallouer les capitaux à d'autres fonds», explique le dirigeant. Une première série de titres a été cédée fin septembre, une deuxième en octobre et une troisième le 4 novembre. Alors qu'Oddo a récupéré ses capitaux sur les deux premières ventes, UBS alors gérant et dépositaire de la sicav Luxalpha, avait refusé de payer la troisième tranche, d'un montant de 30 millions d'euros sur la base de la valeur liquidative du 17 novembre. La banque suisse, qui a transféré la gestion de la Sicav mi-novembre à Access International, en est toutefois restée dépositaire.
Oddo a alors engagé mi-décembre une procédure judiciaire à l'encontre d'UBS auprès du Tribunal du Luxembourg, qui vient de trancher en faveur du gestionnaire français. UBS doit dès lors rembourser 30 millions d'euros à Oddo, sous peine d'une astreinte de 3 millions d'euros par jour de retard en cas de non-réalisation du paiement.
«Nous n'avons plus aucune exposition à Madoff», se réjouit Thierry Deheuvels. Les véhicules concernés, Gap 1 an, Gap 2 ans, Gap Euro et Gap Réactif, étaient des fonds de fonds diversifiés dans des contrats d'assurance vie en unités de compte et touchaient dès lors principalement une clientèle de particuliers.
Du côté d'UBS, les mauvaises nouvelles s'accumulent. Hier, la première plainte au pénal en France a été déposée contre la banque suisse pour «escroquerie et abus de confiance» par une épargnante française. Par ailleurs, le journal La Tribune indique ce matin qu'un cabinet d'avocats a assigné en référé des banques françaises, au premier rang desquelles BNP Paribas, pour des clients ayant investi dans la Sicav luxembourgeoise Luxalpha.