Madrid dévoile sa réforme du système bancaire

Les banques vont devoir passer 50 milliards d'euros de provisions additionnelles

Par Isabelle Birambaux, à Madrid le 03/02/2012 pour L'AGEFI Quotidien - Edition de 7H

 
 

Luis de Guindos, le ministre espagnol de l'Economie (photo), a communiqué hier les détails d'une réforme très attendue: celle du système financier espagnol. Comme annoncé le mois dernier, les banques espagnoles devront assainir leurs bilans de leurs actifs toxiques liés à l'immobilier via des provisions et des réserves de capital pour une valeur de 50 milliards d'euros. Selon Luis de Guindos, cet assainissement doit permettre aux banques de relancer le crédit. Mais surtout, la réforme déclenchera une nouvelle vague de fusions.

Le ministre de l'Economie a précisé que les banques auront jusqu'au 31 décembre 2012 pour mener à bien cet assainissement et que les 50 milliards de provisions additionnelles exigées se distribueraient de la façon suivante: «une provision spécifique de 25 milliards d'euros plus une réserve de capital qui correspondrait à 20% de la valeur des terrains qu'elles possèdent actuellement plus 15% de la valeur des promotions immobilières en cours (soit 15 milliards d'euros)». Luis de Guindos a ajouté que les banques devront provisionner à hauteur de 7% les actifs considérés comme non problématiques, soit 10 milliards d'euros. Il s'agirait d'une mesure préventive au cas où certains crédits promoteurs sains deviendraient un jour problématiques.
Actuellement, la somme des actifs liés au secteur de l'immobilier s'élève à 323 milliards d'euros. Selon la Banque d'Espagne, 175 milliards sont considérés comme des actifs toxiques et 148 milliards comme non problématiques. Cette réforme, qui sera approuvée aujourd'hui en conseil des Ministres, vise donc à «améliorer la confiance dans le système bancaire espagnol et lever les doutes qui existent sur ces actifs toxiques», selon Luis de Guindos. Le ministre de l'Economie s'est montré optimiste. Pour lui, le processus sera «rapide et profond» et le système financier espagnol en «sortira renforcé».
Il y aura moins de banques, mais elles seront plus solides, assure Luis de Guindos, ceci leur permettra d'avoir accès au marché interbancaire, dont elles sont absentes pour le moment, ce qui explique leur actuelle difficulté à prêter. Mais le syndicaliste Candido Mendez, d'UGT s'est montré sceptique; il pense que les délais seront trop longs pour soulager l'économie grâce aux crédits et que le mouvement de fusion des entités provoquera de nouveaux licenciements. De son côté, Luis de Guindos estime que l'assainissement des actifs toxiques sera bénéfique pour les Espagnols, qui auront accès à des logements à moindre prix.
«Nous allons réussir en un an ce qui a déjà été fait en trois ans», a-t-il affirmé. C'est ainsi que les projets de fusion des entités financières devront être bouclés en l'espace de quatre mois. Le ministre de l'Economie a assuré qu'il «n'y aurait aucune utilisation de fonds publics». Ce processus «devra être pris en charge par les entités elles-mêmes sans apport de ressources publiques», a-t-il répété à plusieurs reprises. Pourtant, le Fonds d'aide à la restructuration du secteur bancaire (Frob), instrument mis en place par l'Etat espagnol pour aider à la réforme du système, pourrait être appelé à intervenir à la demande des entités.
De plus, le trésor espagnol renforcera les capacités du Frob en lui injectant 6 milliards d'euros supplémentaires pour atteindre 15 milliards d'euros. Dans le cas d'une intervention par le Frob, Luis de Guindos a annoncé la création d'un nouvel instrument: les bons convertibles en actions.

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