Depuis la publication en février du rapport Fleuriot, qui milite pour plus de transparence en matière de trading, la pression est montée d'un cran sur les crossing networks, ces systèmes d'appariements d'ordres internes. Liquidnet Europe, le spécialiste de la négociation de transactions par blocs, qui a le statut de plateforme de trading multilatérale (MTF), a fait le point hier avec l'AMF sur les lacunes réglementaires. «Nous avons rencontré l'AMF pour faire valoir le besoin d'harmonisation en matière de réglementation en Europe, pour tous les acteurs du marché, y compris les «crossing networks» des courtiers non MTF», a précisé Eva Heffernan, responsable juridique de Liquidnet lors d'un entretien accordé à L'Agefi : «faisant déjà partie d'un groupe de travail européen sur la révision de la Directive MIF, nous lui avons fait part de notre point de vue à ce sujet, notamment en matière d'exigence de transparence pré-transaction et post-transaction».
Dans un document de présentation remis à L'Agefi, la société souligne «le manque de conditions de concurrence équitables sous la directive MIF» et pointe du doigt les crossing networks, qui opèrent comme des darkpools [bassins de liquidité opaque, ndlr] sans être classés MTF ou internalisateurs systématiques réglementés. Liquidnet rappelle que ceux-ci n'ont pas à se conformer aux exigences de transparence pré-marché, notamment pour les ordres de grande taille, ni à s'identifier en tant que place de négociation. De fait, certains ne le font que pour les transactions de gré à gré. Selon le groupe, ces systèmes manquent de transparence concernant l'information post-marché et n'ont aucune obligation de surveillance et de contrôle. Le rapport Fleuriot appelait à ce que l'activité de ces systèmes s'effectue «dans un cadre réglementaire à établir, assorti d'obligations d'information du marché et du régulateur».
Il existe plus d'une dizaine de darkpools de banques non MTF parmi lesquels figurent BNP BIX, Cheuvreux Blink. BarCap LX, Citi Match, CS Crossfinder (Credit Suisse), GS Sigma X (Goldman Sachs), Deutsche Bank et UBS PIN font aussi partie de la liste. Toutefois, les banques ont bien conscience du besoin de transparence. UBS a soumis un MTF à la FSA, le régulateur britannique, tout en maintenant son système UBS PIN. Nomura avait montré la voie aux courtiers en janvier en lançant Nomura NX.