L'Elysée engage sa nouvelle politique de gestion active des participations industrielles de l'Etat. Hier soir, le Fonds stratégique d'investissement (FSI) a nommé, pour une prise de fonctions en septembre, son nouveau directeur général, Jean-Yves Gilet, jusqu'alors responsable d'une branche d'ArcelorMittal. En matinée, le Conseil des ministres avait annoncé la nomination de Jean-Dominique Comolli, l'actuel président non exécutif du conseil d'administration d'Altadis, à la tête du Commissariat aux participations de l'Etat à compter du 15 septembre prochain.
Par la création de ce commissariat, l'Etat confirme sa volonté de reprendre en main sa politique industrielle. D'ailleurs, le commissaire rapportera directement au ministre de l'Economie. «Les textes régissant l'Agence des participations de l'Etat (APE) évolueront en conséquence, tout en maintenant l'unité de gestion des moyens et des personnels de l'agence et de la direction générale du Trésor au sein du ministère chargé de l'Economie», précise le compte-rendu conseil des ministres.
La création de ce commissariat vient répondre à un manque. «A l'APE, on s'est aperçu que les patrons préféraient s'adresser directement à l'Elysée qu'aux hauts fonctionnaires de l'agence», confie une source proche du dossier. Aussi, l'Elysée a opté pour ce double système, le commissariat ayant un rôle plus politique, et l'Agence conservant une fonction plus technique. A la tête, il était nécessaire de trouver une personne ayant la capacité de dialoguer à la fois avec les grands patrons et avec l'administration. Le profil de Jean-Dominique Comolli, énarque, ancien directeur de cabinet de Michel Charasse au Budget, mais aussi patron d'Altadis, répond à ces exigences. D'ailleurs, «les industriels se félicitent de ce choix», confie la source. Des compétences également recherchées pour le FSI, qui souhaitait «un profil industriel maîtrisant aussi les rouages de l'Etat», résume une autre source. Bercy a salué hier soir la nomination de Jean-Yves Gilet, «[...] un industriel expérimenté, familier du secteur public [...]».
Si aucun lien de subordination n'est strictement établi entre l'APE et le FSI, ce dernier continuera à accueillir au sein de son conseil un membre de l'APE, qui devrait être Jean-Dominique Comolli lui-même.... D'ailleurs, «pressenti pour le FSI, Jean-Dominique Comolli a préféré le commissariat», confie ce même proche du dossier! «L'objectif de cette refonte est de parvenir à une meilleure coordination entre l'APE et le FSI», précise un autre expert.
Ces nominations s'inscrivent dans la lignée des Etats généraux de l'industrie, où, le 4 mars dernier, le président de la République avait annoncé sa volonté de revaloriser le rôle industriel de l'Etat actionnaire, que ce soit à travers l'APE ou à travers le FSI. Le compte-rendu du conseil des ministres de mardi apporte quelques précisions. Les réunions entre les ministres intéressés et les dirigeants d'entreprise relevant de l'APE seront semestrielles «afin de faire un point stratégique régulier». De plus, un administrateur représentant l'Etat et compétent en matière industrielle est nommé systématiquement à côté de l'administrateur représentant le ministère de l'Economie au titre des intérêts patrimoniaux.
Par ailleurs, il est prévu des revues régulières sur la répartition géographique des investissements, de l'emploi, de la valeur ajoutée et des achats et de la sous-traitance «afin d'évaluer la contribution de chaque entreprise au développement industriel de la France».