Les sept péchés capitaux de l'entretien d'embauche

Dans l’univers de la finance, les recruteurs sont particulièrement exigeants et attentifs aux discours et comportements des candidats.

Par Sarah Delattre le 03/06/2010 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Extrêmement codifié et forcément décisif, l'entretien d'embauche est un savant dosage d'humilité et d'assurance, de spontanéité et de concision, où les petits détails font la différence et où le « ressenti » du recruteur peut faire pencher la balance du bon côté. Le jour J, mieux vaut donc éviter certaines erreurs.

La nonchalance

Si le respect des règles de courtoisie est une évidence, celui du code vestimentaire de la finance - le costume-cravate - devrait l'être aussi. Et pourtant... « De jeunes candidats, brillants sur le papier, viennent parfois dans une tenue trop décontractée. Mieux vaut être sobre et pas trop clinquant, explique Fabrice Imbault, directeur associé en charge du développement au sein de la société de gestion A Plus Finance. Nous travaillons dans un milieu où l'habit fait encore le moine et où nous sommes souvent en représentation. » A cet égard, les candidats doivent aussi adopter un langage châtié et tenter de se mettre à la place de leur interlocuteur pour faire bonne impression. « J'apprécie par exemple que les postulants patientent debout dans le salon où va se dérouler l'entretien et qu'ils viennent vers moi pour me saluer, plutôt qu'ils s'assoient directement à la table », confie un responsable des ressources humaines (RH) d'une banque.

L'excès de confiance

Cultiver l'estime de soi pour défendre ses convictions est apprécié, mais attention aux comportements de divas ! « Les candidats qui sont ‘chassés' ont tendance à jouer de ce rapport de force, observe Pierre Daubas, division manager chez Robert Half. Certains viennent en dilettante pour savoir ce nous pouvons leur offrir de mieux, sans montrer de réel intérêt pour le poste. » A éviter aussi : tirer la couverture à soi. Il faut savoir mettre en valeur les réussites de son équipe et rester humble. « Certains ont perdu le sens des réalités avec l'exagération qui a caractérisé les métiers de la finance, constate Fabrice Imbault. Exiger une secrétaire ou une voiture de fonction dans une petite entreprise est déplacé. Dans le même temps, vous ne serez pas un bon candidat si vous n'êtes pas doté d'un ego affirmé pour un poste de gérant par exemple, où la pression est forte. »

Les logorrhées

Sous l'effet du stress, par peur d'échouer, les postulants peuvent se perdre dans les détails à la moindre question. « Mieux vaut rester factuel, détailler son CV en s'appuyant sur des exemples concrets de missions réalisées, évoquer ses succès en chiffrant les objectifs atteints, résume Anne-Sophie Luçon, manager chez Michael Page. Certains candidats répondent parfois avec trop de spontanéité et ne sont pas assez dans l'écoute. » A éviter aussi : dénigrer ses anciens employeurs, car même si c'est fondé, le recruteur ne pourra s'empêcher de penser que l'on est peut-être aussi responsable...

L'approximation

Pour éviter de paraître confus, il est impératif de se préparer. Le B.A.-BA : anticiper les questions des recruteurs, s'interroger sur ses motivations profondes, ses qualités, ses défauts... « Il est primordial de vérifier que le poste est en adéquation avec son profil et de mettre en avant certains éléments de son CV au vu de la fonction visée », conseille aussi Christel Parouty, responsable recrutement chez Société Générale pour la banque de détail.

Le mensonge

Même si l'entretien est un exercice codifié, les recruteurs attendent des réponses qui sonnent « vrai » et révèlent la personnalité. « L'entretien n'est pas une situation ordinaire pour le candidat qui doit se vendre, reconnaît Isaure Botton, responsable RH chez Oddo & Cie. Pour autant, les postulants ne doivent pas réagir en fonction de ce qu'ils imaginent être les réponses attendues des recruteurs. Ils doivent privilégier une relation de vérité, certains restent en surface et, du coup, on ne sait qu'en penser. » « Je casse systématiquement les discours trop formatés, enchaîne Vally Colli, associée au cabinet de chasse de têtes Vendôme Associés. Rester soi-même s'avère toujours payant. Le grand art est de donner l'impression d'être spontané sans jamais baisser complètement la garde. » Surtout, à l'heure où les employeurs ont la possibilité de vérifier l'identité des candidats sur internet (lire aussi le témoignage ci-dessus), les mensonges peuvent vite être démasqués. « Rédiger un CV flatteur est de bonne guerre, mais mentir sur son parcours, exagérer ses responsabilités peut se retourner contre vous car plus que jamais, la confiance est indispensable, estime Vally Colli. Mieux vaut avouer qu'on ne sait pas mais qu'on est capable d'apprendre vite. »

L'obsession du salaire

Dans la finance, les rémunérations peuvent revêtir des formes complexes (surtout à des postes de haut niveau), mais les recruteurs apprécient peu que les candidats s'empressent d'évoquer le sujet. « Il est normal en fin d'entretien d'aborder les questions liées au salaire, aux avantages sociaux. Au bout de dix minutes d'entretien, juste après que le recruteur a décrit le poste, c'est rédhibitoire », affirme Fabrice Imbault. Pour Pierre Daubas, « les candidats doivent éviter d'évoquer d'eux-mêmes la question de la rémunération et de leurs prétentions salariales. Il vaut mieux attendre que le recruteur les interroge. Même si personne n'est dupe, les candidats doivent faire comprendre qu'ils sont tout autant intéressés par la stratégie de l'entreprise que par un meilleur salaire ».

Ne pas bien connaître l'entreprise

A la fin de l'entretien, il est bien perçu de montrer son intérêt pour l'entreprise. « Il faut toujours se renseigner, consulter son site, déclare Isaure Botton. Deux ou trois questions pertinentes permettent de rester sur une bonne impression. Les candidats peuvent par exemple interroger le recruteur sur ce qu'il apprécie dans son entreprise en tant que salarié. » Il faut évidemment adapter ce discours en fonction de l'identité de l'interlocuteur ; les sujets abordés avec un DRH seront différents de ceux évoqués avec un opérationnel, avec qui l'on pourra davantage entrer dans le concret du métier.

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