Après deux crises boursières en un peu plus de dix ans, la mentalité des sélectionneurs de fonds est-elle en train de changer ? Alors que la performance des placements financiers est depuis toujours mise en avant, aussi bien par les gestionnaires eux-mêmes que par les distributeurs, les dernières années ont prouvé, à de multiples reprises, que commercialiser un produit sur le seul critère de performance comportait de nombreux aléas, aussi bien de réputation que juridiques.
D'ailleurs, la réglementation évolue en faveur d'une inflexion de l'argumentaire commercial développé autour des produits financiers distribués au grand public. Les chances de gagner ne peuvent plus, aujourd'hui, être dissociées du risque de perdre. « La première chose que nous demandons à un futur souscripteur, indique un gestionnaire, c'est quelle somme il est prêt à perdre. Et souvent, sa réponse est loin de correspondre au profil de risque dont il se réclamait. »
Cependant, les investisseurs disposent de peu d'instruments pour orienter leurs choix d'investissement et, dans la plupart des cas, ils doivent uniquement se fier au comportement passé des produits, en s'appuyant sur des lois statistiques loin d'être vérifiées dans la pratique. Plutôt que de miser sur une performance difficile à mesurer, comparer et reproduire, certains critères simples, comme la perte maximale et les conséquences d'une telle perte sur le patrimoine global prennent une importance prépondérante dans l'analyse des produits. Les institutionnels sont déjà préparés à ce changement et préfèrent souvent des produits dont la perte est restée contenue dans les périodes difficiles à ceux dont les performances ont été les meilleures sur une période donnée.
Le problème du faux-semblant de la performance n'est pas nouveau, mais les habitudes ont la vie dure. Certains entrevoient tout de même le temps où les gestionnaires préféreront mettre en avant les dispositions qu'ils ont prises pour éviter les accidents plutôt qu'une simple première place dans un classement.