Les CFD (« contracts for difference », NDLR) représentent une nouvelle forme de trading, très innovante. Notre plate-forme est un métamarché », affirme Gwenaël Moy, directeur général d'IG Markets France, un des quatre opérateurs permettant de jouer sur les CFD en France, aux côtés du luxembourgeois WH Selfinvest, du danois Saxo Bank et de l'australien CMC Market. Ces produits financiers, à fort effet de levier, permettent de parier sur différents types de sous-jacents comme des matières premières, des actions, des devises ou même sur la volatilité de certains indices. Négociés de gré à gré, les CFD ne sont cotés sur aucune place boursière réglementée et se négocient, 24 heures sur 24, sur des plates-formes privées. Les investisseurs doivent donc passer par les services de prestataires spécialisés. « Nous sommes teneurs de marché. Nous allons chercher l'ensemble des flux de cotations des sous-jacents pour alimenter notre plate-forme, explique Gwenaël Moy. Nos clients prennent des positions, positions que nous synthétisons, agrégeons, confrontons et dont nous rendons compte. » « Une des choses que les courtiers traditionnels ne savent pas faire, c'est la cotation 24 heures sur 24 », affirme-t-il. Aussi ces derniers ont-ils multiplié les partenariats. Dernier en date, en juillet dernier, Cortal Consors s'est associé avec Saxo Banque France pour offrir à ses clients un accès à ces instruments financiers (lire l'entretien). Avant cela, c'était Cambiste, racheté depuis par Saxo Bank en mai 2008 et devenu Saxo Banque France, qui s'était lancé sur le marché français. Suivi de Bourse Direct, en partenariat avec IG Markets, en septembre 2008, puis de Finance Fi avec CMC Markets, puis de Fortuneo, également avec IG Markets en avril dernier. Et tous attendent la décision de Boursorama quant au traitement des CFD.
De fortes barrières à l'entrée
Car le marché est prometteur et les courtiers, confrontés à la baisse des volumes traités sur les produits plus traditionnels, y voient une opportunité de croissance. « Nous sommes très contents de l'évolution du marché des CFD en France, déclare Wouter Warmoes, président de WH Selfinvest. Le financement des positions est moins onéreux que sur le SRD (service de règlement différé) et elles ne nécessitent pas de passer par un intermédiaire pour définir la fourchette des prix comme pour les warrants. » Si WH Selfinvest demeure discret sur les volumes traités, le danois Saxo Banque et le britannique IG Markets ont enregistré en France, respectivement, 150.000 transactions et 130.000 pour le mois de juillet, soit un doublement sur un an, selon les statistiques de l'Acsel (Association de l'économie numérique). « Le marché français a connu une explosion des CFD sur les 18 derniers mois », résume Gwenaël Moy. Mais pour en profiter, le ticket d'entrée technologique est assez élevé. « Nous estimons, depuis l'année 2000, avoir investi 300 millions de dollars en développements informatiques sur notre plate-forme multiproduit (CFD, Forex, ‘futures'...), explique Pierre-Antoine Dusoulier, président de Saxo Banque France. Sur un total de 1.200 collaborateurs, nous comptons 400 développeurs. » De son côté, Gwenaël Moy annonce sensiblement le même ratio, 250 informaticiens, sur un total de 800 collaborateurs chez IG Markets.
La quasi-totalité de ces plates-formes sont développées en interne, tant leurs spécificités sont grandes, à l'exception de certaines fonctionnalités jugées stratégiques, mais pouvant être traitées avec des outils performants du marché, comme les interfaces graphiques. « Nous avons tout développé nous-mêmes, sauf la composante graphique sous-traitée à la société française ITF, éditrice de Pro Real Time, permettant de l'analyse technique très pointue », confirme Gwenaël Moy. Même discours chez WH Selfinvest : « Une bonne plate-forme doit proposer une composante d'analyse technique très puissante que les clients peuvent modifier et paramétrer à volonté, renchérit Wouter Warmoes. Initialement, WH Selfinvest a été créé en 1998, nous concevions tout en interne. Avec la montée en puissance du web, nous avons trouvé plus intéressant d'acheter des licences pour des interfaces graphiques et d'ajouter des fonctionnalités utiles à nos clients, pour la gestion et l'automatisation de certains types d'ordres par exemple. » Pour Saxo Bank en revanche, tout a été développé en interne et la tendance est même à diminuer la sous-traitance. « Nous avons des développeurs au Danemark et à Saint-Petersbourg, raconte Pierre-Antoine Dusoulier. Nous avons également tenté une expérience, peu concluante, avec des développeurs indiens en 2002. » Saxo Bank concentre désormais de plus en plus ses développements au Danemark « car il est difficile de contrôler ce qui se fait loin de nous ».
A l'instar des places de marché traditionnelles, c'est la gestion des données en temps réel qui représente la partie la plus critique des plates-formes de trading CFD. « Suivre les positions quasiment en temps réel est un élément très important avec des produits à fort effet de levier comme les CFD », souligne Gwenaël Moy. Et l'alimentation des plates-formes en flux d'information peut devenir un véritable casse-tête, car les opérateurs suivent de très nombreux marchés et sous-jacents : 7.500 produits CFD sur 26 places boursières chez Saxo Bank, et7.000 CFD sur 16 places boursières chez WH Selfinvest par exemple. Et cela augmente régulièrement. « En mars, nous avons créé un CFD relatif à la volatilité, un autre avec l'inflation comme sous-jacent en avril et bientôt un sur le carbone », détaille Wouter Warmoes.
Des innovations régulières
En outre, face à l'appétit croissant pour ces produits et à la sophistication des stratégies d'investissement des intervenants, les opérateurs de plates-formes CFD doivent proposer en permanence de nouvelles fonctionnalités. Ainsi, en mai 2009, WH Selfinvest a mis à disposition de ses clients un module reconnaissant les « combinaisons de chandeliers » (figures utilisées dans l'analyse chartiste pour détecter une tendance à la hausse ou à la baisse) pour les actions cotées sur 14 places. Depuis juin, IG Markets donne la possibilité à ses clients d'accéder directement au carnet d'ordres du sous-jacent, « un projet complexe, qui nous a demandé un an de développement », indique Gwenaël Moy. En mars dernier, Saxo Bank a lancé CFD Commander, un outil de programmation des ordres. « Cela faisait deux ans que nous travaillions dessus », rappelle Pierre-Antoine Dusoulier. Depuis mai, Saxo Bank donne la possibilité à ses clients français de transformer, en un clic, les recommandations d'un analyste en un contrat CFD. « Nous aimerions que Cortal Consors incorpore ses analyses dans Trade Maker », espère Pierre-Antoine Dusoulier.