Il est des jours où prendre du recul est difficile. Même si un investissement sur les actions doit se faire sur le long terme, une chute du CAC 40 près de 6 % en deux séances reste toujours impressionnante. Lundi dernier, lorsque les autorités américaines ont laissé la banque d’affaires Lehman Brothers faire faillite, les marchés se sont emballés à la baisse. La journée fut particulièrement rude avec, hormis cette affaire, l’annonce de la reprise de Merrill Lynch par Bank of America et les difficultés avérées
de l’assureur AIG.
Les interrogations sur les réelles implications de la crise financière se traduisent aujourd’hui dans les allocations des portefeuilles. Même si certains indicateurs peuvent demeurer positifs sur le long terme, les rendements élevés du monétaire, comparé aux turbulences des marchés, n’incitent pas certains gérants à se repositionner agressivement sur les actifs risqués. « On n’attrape pas un couteau qui tombe », met en garde l’un d’eux. Quitte à ne pas profiter a plein d’un éventuel rebond des actions.
Le dilemme de la valorisation. Aujourd’hui, les allocataires se demandent donc s’ils doivent capituler et sortir des marchés d’actions - l’évolution du CAC 40 en début de semaine a prouvé que certains avaient opté pour cette solution - ou s’ils doivent, au contraire, renforcer leurs positions sur des marchés qui ont reconstitué une prime de risque intéressante. « Les marchés d’actions ont perdu près de 30 % depuis le début de l’année. Il serait logique que nous assistions à une reprise à court terme. Il faut rester très prudent, mais il pourrait être judicieux de revenir sur ces actifs ne serait-ce que pour profiter d’une reprise technique. Même s’il est vrai qu’il y aura encore de mauvais moments à passer dans les mois qui viennent », note Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez
Invesco Asset Management.
Chez
CPR AM, Arnaud Faller, directeur de la gestion diversifiée, est aussi dans l’attente de signaux d’achat : « Nous sommes toujours sous-pondérés sur les actions, mais nous avons tout de même remonté légèrement leur poids par rapport au début de l’année. Notre indicateur stratégique, calculé en fonction de la prime de risque, est aujourd’hui passé en zone neutre. Si les actions baissaient encore de 7 à 8 %, cet indicateur repasserait à l’achat. Le tableau n’est pas optimiste, mais les valorisations de long terme restent intéressantes. »
Cependant, comme souvent, les valorisations sont sujettes à correction. En effet, elles sont calculées en fonction des bénéfices attendus des sociétés. Or, si les analystes ont bien revu les perspectives 2008 à la baisse (en anticipant un repli de 2 à 3 % cette année), ils n’ont pas modifié leurs attentes pour l’année prochaine. Dans le cas où celles-ci devraient être revisées négativement, les titres, qui semblent aujourd’hui très attractifs, pourraient le devenir un peu moins.
Sur les zones géographiques, les gérants présentent peu de paris marqués, même si les Etats-Unis peuvent parfois séduire davantage puisque qu’en cas de reprise, ils pourraient rebondir avant l’Europe.
Positions d'attente. Beaucoup considèrent que la meilleure des solutions consiste à adopter des allocations d’attente, mais sans pour autant se couper totalement des marchés d’actions. « Nous maintenons un biais défensif sur les actions et nous conservons des positions d’observation et d’attente nous permettant de protéger les performances acquises à la moitié de l’année », confirme Pascale Auclair, directeur général délégué aux gestions de
La Française des Placements.
A noter que même les placements réputés décorrélés des marchés traditionnels, comme certaines stratégies alternatives, ont également souffert de la crise, jusqu’à présenter parfois « les résultats les plus mauvais de leur histoire », tempête un gérant.
Profiter du monétaire et du portage. C’était prévisible, les allocations préférées des allocataires sont en partie constituées par des placements monétaires, dont les rendements, entre 4,3 % et parfois plus de 5 %, peuvent faire oublier les marchés risqués. « Sur la partie sans risque, nous investissons sur des produits monétaires ou des produits à échéance 3 mois, 2 ans ou 5 ans qui captent les opportunités du crédit », précise Pascale Auclair.
Même s’il peut parfois paraître risqué pour certains, le marché du crédit intéresse donc maintenant à nouveau des allocataires estimant que le taux de défaut implicite compris dans les rendements de la classe d’actifs se révèle bien supérieur à ce qu’il pourrait être aujourd’hui dans le pire des cas
(voir graphique).« Dans le contexte actuel, une prudence globale s'impose. Nous privilégions plutôt les instruments de crédit car, au regard du risque pris, leur rémunération se révèle très attractive. Et si les actions restent indispensables dans la construction d’un portefeuille sur le long terme, il est, dans de nombreux cas, plus intéressant aujourd’hui d’être créditeur plutôt qu’actionnaire », explique Michala Marcussen directeur de la stratégie et de la recherche chez Sgam.
Dans cet environnement, les gérants essaient donc de gagner du temps en mettant en place des stratégies de portage dans les portefeuilles. « En premier lieu, nous nous positionnons sur les marchés du crédit, sur lequel les primes de risque sont redevenues intéressantes. Nous utilisons pour cela des portefeuilles très diversifiés sur des signatures de très bonne qualité (investment grade), explique Gilles David, gérant diversifié chez BNP PAM. Toujours dans l’objectif de profiter du portage, nous avons aussi développé des stratégies consistant à intervenir sur les marchés d’options et sur certaines devises. » Quoi qu'il en soit, pour les allocataires, les remous sur les actions ne sont pas terminés.
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Franck Joselin