Dossier Gestion actions

Les investisseurs s'adaptent au retard du consensus des analystes

Cet été, le marché a dévissé. Les analystes ont ajusté leurs prévisions pour 2011 mais celles pour 2012 restent optimistes.

Par Xavier Diaz le 27/10/2011 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

La saison des résultats trimestriels vient de débuter avec son lot de bonnes et de mauvaises nouvelles. Mais cette année, pour le troisième trimestre, les déceptions risquent bien de l'emporter. Car si le marché a déjà anticipé cette nouvelle donne, les analystes n'ont pas totalement pris la mesure des craintes de ralentissement économique. Le consensus 2011 a bien été revu en baisse, passant d'une croissance des bénéfices de 16 % en début d'année à 8 % aujourd'hui, mais il ne l'a été que légèrement pour 2012. Les analystes attendent encore une progression de 11 %. Ce qui paraît bien optimiste. « Par définition, les consensus sont faux car ils résultent d'un amalgame de prévisions faites à des périodes différentes, note Xavier Lagrandie, gérant chez Lombard Odier. Certains analystes peuvent donc être en fort décalage par rapport à la réalité. »
Cette différence tient en grande partie au processus d'élaboration des prévisions de résultats. « Le travail des analystes repose sur les publications des sociétés et sur les contacts entretenus avec les entreprises, indique Pierre-Yves Gauthier, responsable de la recherche au cabinet d'analyse indépendant AlphaValue. Or ces dernières ne communiquent qu'une fois par trimestre et le sentiment des dirigeants des sociétés, fondé sur une réalité opérationnelle, peut être en décalage par rapport aux anticipations du marché. Pour les analystes, il est donc parfois complexe d'anticiper les évolutions conjoncturelles car le message des entreprises est par nature plus mesuré. »

Des outils en interne
Dans ce contexte, difficile pour des gérants de se fier au consensus. D'où l'importance de mettre en place en interne des outils d'aide à l'investissement. « Le travail de notre équipe de quinze analystes-gérants actions européennes est de trouver des valeurs susceptibles de générer de l'alpha grâce à une recherche approfondie, souligne Zehrid Osmani, gérant et responsable de la recherche sur les actions européennes chez BlackRock. La différence avec les analystes 'sell-side', qui contribuent au consensus, est que nos analyses sont réalisées pour un usage interne et ne sont pas publiques, donc moins soumises au diktat du consensus. » Ainsi les spécialistes du gestionnaire de fonds américain ont-ils déjà revu en forte baisse leur prévision de croissance à 5 % en agrégé sur le marché européen. Sycomore AM a développé dès sa création il y a dix ans un outil propriétaire permettant de valoriser chaque titre suivi indépendamment du consensus. « Sycovalo est la colonne vertébrale de Sycomore, explique Emeric Préaubert, gérant chez Sycomore AM. C'est un outil d'analyse collaboratif qui nous aide dans nos sélections de valeurs. Nous avons des fiches sur plus de 1.000 sociétés, dont 700 sont suivies régulièrement. Les rencontres avec les dirigeants des sociétés sont un temps fort pour alimenter cette base de données. Elle recense dix ans de données historiques et trois ans de prévisions réalisées par les spécialistes de Sycomore. Prévisions que nous comparons au consensus. »
Vers de nouvelles turbulences
En dépit de ses imperfections, le consensus ne peut pas totalement être ignoré par les investisseurs. « Les prévisions de résultats réalisées par les analystes sont utiles à condition toutefois d'être critiques dans leur interprétation », relève Jérôme Fauvel, gérant à la Française AM (ex-UFG-LFP). D'abord, les gérants peuvent retraiter le consensus. Ils peuvent notamment porter une attention plus importante aux estimations des meilleurs analystes sur un secteur, voire sur une valeur. Certains vont utiliser les éléments du consensus pour en tirer un indicateur de retournement du marché. « Nous allons calculer le rythme des révisions bénéficiaires en rapportant le nombre de révisions à la hausse par rapport au nombre de révisions à la baisse, dit Xavier Lagrandie. C'est un ratio plus parlant que le consensus par rapport à ce qui se passe réellement sur le marché. Depuis mars dernier, les révisions en baisse ne sont pas importantes en absolu mais elles sont plus nombreuses, ce qui signifie que quelque chose a bougé sur le marché. »« Le consensus a d'autant plus d'importance qu'il induit de la volatilité sur le marché, précise Jérôme Fauvel. Il influe sur les cours de Bourse au moment des publications. Dans le contexte actuel, si une société publie des résultats en hausse mais inférieurs au consensus, l'action a de fortes chances de dévisser. » Autant dire que les gérants actions doivent s'attendre dans les prochains mois à de nouvelles turbulences sur les marchés. « Le marché paye à peine neuf fois les bénéfices estimés pour 2012, observe un gérant. Il y a beaucoup de valeur dans le marché actions. Mais le momentum est négatif. Le mouvement de révision massif est devant nous et il va durer pendant plusieurs mois. »

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