Les financiers se convertissent au télétravail

De plus en plus d’entreprises développent ce modèle d’organisation afin de motiver leurs salariés et les rendre… plus performants.

Par Soraya Haquani le 23/05/2013 pour L'AGEFI Hebdo

 
 
 
 
Illustration: Fotolia

Illustration: Fotolia

Même si, autour de moi, il y a ma fenêtre, mon papier peint..., je suis dans mon bureau ! », s'amuse Silvia Obama, chef de projet formation chez Axa France. Depuis deux ans, la jeune femme travaille deux jours par semaine à son domicile situé en Bourgogne. « J'ai pris part à la phase d'expérimentation du télétravail dès avril 2011, raconte cette salariée d'Axa France depuis plus de cinq ans. Mon manager de l'époque me l'avait proposé. Je revenais de mon congé maternité, j'avais plus de trois heures de trajet dans les transports et il souhaitait m'aider à préserver mon équilibre vie professionnelle/vie familiale. Mon métier s'y prêtait, je fais beaucoup de choses sur ordinateur. » Comme cette professionnelle de 31 ans, 175 collaborateurs d'Axa France sont aujourd'hui en télétravail. « Vingt dossiers ont été récemment acceptés. D'autres demandes sont en cours », précise Carole Bienarrive, responsable du développement des SIRH (systèmes d'information des ressources humaines) et du projet télétravail chez l'assureur, où un accord sur le sujet a été signé en février dernier.

Cette nouvelle organisation du travail connaît un véritable essor dans le secteur financier. Dans un contexte de crise qui accroît le stress et les risques psychosociaux au sein des entreprises, le télétravail apparaît comme un remède à des maux qui affectent les salariés et peuvent influer sur leur motivation. « Notre accord s'inscrit dans une démarche de bien-être au travail, c'est aussi une réponse à l'éloignement, au stress lié aux temps de trajet importants à Paris comme en province, explique Carole Bienarrive. Par exemple, le critère du temps de trajet du collaborateur qui fait une demande de télétravail compte beaucoup. » Chez PwC où un premier pilote a été mené fin 2012 dans les métiers de l'audit, 200 consultants ont à ce jour signé un avenant à leur contrat de travail pour bénéficier de l'« e-working ». « Notre objectif est de permettre à nos consultants, auditeurs et avocats de mieux concilier leur vie professionnelle et leur vie personnelle/familiale en leur apportant de la flexibilité, indique Isabelle Mathieu, DRH de PwC France. Ces professionnels sont déjà relativement nomades, ils vont chez les clients, nous n'avions donc pas la barrière du présentéisme pour mettre en place ce mode de travail. »

Un à deux jours par semaine

Les formules divergent selon les entreprises, mais le télétravail est le plus souvent pratiqué une ou deux journées par semaine. L'équipement nécessaire (ordinateur, casque de téléphone, abonnement internet...) est fourni par l'employeur, qui demande au salarié de prévoir à son domicile un espace spécifique où il pourra accomplir ses tâches dans le calme. Très différente de la vie en entreprise, cette forme de travail « à la maison » demande un temps d'adaptation. « Au début, je faisais des journées continues sans m'arrêter, je déjeunais très rapidement. Dans l'entreprise, il y a toujours un collègue qui vient me chercher pour aller déjeuner. Il a donc fallu que je trouve mon rythme, raconte Silvia Obama. Par ailleurs, je vis dans un petit village et les voisins qui voyaient ma voiture venaient me voir pour discuter ! J'ai donc dû leur expliquer que j'étais là mais que je travaillais. » Depuis janvier, Myriam Coutable, responsable organisation chez Swiss Life France, est en télétravail deux jours par semaine. « Chez moi, j'ai des petits rituels : je sors mon casque, je branche le chargeur de l'ordinateur et je suis au travail !, décrit cette trentenaire. Grâce à la messagerie instantanée interne et au visiophone, j'ai l'impression d'être au bureau. Les personnes qui m'appellent ne se doutent d'ailleurs pas que j'exerce mon métier de mon domicile. » De l'avis général, l'autonomie et la souplesse du dispositif sont très appréciées des salariés qui peuvent mieux gérer leur vie personnelle, comme en témoigne Myriam Coutable : « Je n'ai plus le stress le matin d'arriver en retard à une réunion ou le soir lorsque je dois aller chez la nourrice. » Et le lien avec les collègues n'est pas coupé. Il peut au contraire se consolider. « Lorsque je vois mes collègues, c'est plus qualitatif, relève Silvia Obama. On va par exemple plus souvent déjeuner à l'extérieur. » Cependant, certains salariés redoutent encore de demander le télétravail par crainte d'être mal vus de leurs responsables. « A l'époque, je préparais mon passage au grade de manager et je craignais de mettre en péril ma promotion, se souvient Rita Sinaceur, 32 ans, manager dans le secteur des services financiers chez Accenture (où même le directeur général « télétravaille » un jour par semaine). Mon management m'a beaucoup rassurée en me disant que ces dispositions seraient sans incidence sur mon évolution car elles ne remettaient nullement en cause ma performance individuelle. Effectivement, j'ai été promue et cette organisation n'a, à aucun moment, représenté un frein quelconque. »

Les télétravailleurs ne sont pas choisis uniquement sur le seul critère du temps de trajet entre le domicile et le bureau. Selon les entreprises, d'autres facteurs sont aussi considérés : l'ancienneté, la qualité du travail, le profil du poste... Chez PwC, pour être éligible, il faut afficher au moins trois ans d'expérience professionnelle et être équipé d'un ordinateur portable et d'un Blackberry (fournis par l'entreprise à partir d'un certain grade). « Le télétravail doit être bâti sur du gagnant-gagnant. C'est pourquoi nous sélectionnons les salariés avec précaution, souligne Blaise Barbance, responsable du développement des ressources humaines chez Groupama Rhône Alpes Auvergne, où les 55 salariés concernés sont en majorité des conseillers de clientèle. Nous avons plusieurs critères : l'adéquation du métier, les aptitudes (autonomie, discipline, capacité à s'organiser, à communiquer...), l'ancienneté (au moins un an dans une équipe), avoir un espace calme à son domicile. Nous examinons aussi les motivations des personnes, nous leur demandons de formuler cela à travers une candidature. »

Incitations financières

Des candidatures parfois encouragées par des incitations financières. C'est le cas chez Swiss Life France, dont l'objectif est de déployer le télétravail à un rythme de 25 collaborateurs par mois. « Par formule, des petites indemnisations sont attribuées : 10 euros brut par mois pour un jour par semaine, 20 euros brut pour deux jours et 30 euros brut pour trois jours », dévoile Vincent Perrin, DRH de l'assureur. Toutes les entreprises qui l'ont mise en place favorisent l'essor de cette nouvelle organisation. Ainsi, d'ici à 2015, Axa France comptera 500 télétravailleurs. Chez PwC, 2.000 collaborateurs dans plusieurs métiers peuvent demander à bénéficier de l'« e-working » (lire aussi ci-contre). L'initiative de Groupama Rhône Alpes Auvergne a quant à elle fait des adeptes dans deux autres entreprises du groupe : Groupama Loire Bretagne et Mutuaide Assistance.

Si tous ces établissements tiennent à développer le télétravail, c'est qu'ils y gagnent aussi. « Cela permet une meilleure optimisation de l'espace. Il peut y avoir à terme une logique économique », confie un responsable qui souhaite rester anonyme. Les télétravailleurs sont en outre plus performants, comme le constate Blaise Barbance : « Nous avons noté des gains de productivité car ils exécutent leurs tâches au calme, s'organisent, deviennent plus autonomes, ce qui accroît leur motivation. Tout cela a un effet positif sur le nombre d'appels gérés, la qualité du service... Il y a aussi moins d'absentéisme. » Un impact que relèvent aussi les principaux concernés. « Je me sens plus efficace. Les effets positifs du télétravail sont visibles sur mes performances », assure Myriam Coutable. « Cela entraîne aussi une meilleure organisation et une meilleure anticipation des flux de travail, ajoute Silvia Obama. Mon métier est de gérer les besoins de formation des collaborateurs en assurances collectives. Aujourd'hui, j'ai divisé mes tâches en deux parties : pour les réunions durant lesquelles j'analyse les besoins et je définis des solutions de formation, je suis à Nanterre, et pour préparer ces rencontres, en faire le compte-rendu et concevoir les formations, je travaille de chez moi. Je ne vois que du positif dans ce mode de travail. »

Imprimer cet article
Rétrécir le texte
Agrandir le texte

Illustrations

 
 
 
 
 
 

Réagir à cet article

 
Merci de vous identifier ou de vous inscrire pour réagir à cet article.

0 réaction(s)
 
 

Inscrivez-vous

Pour découvrir gratuitement L'AGEFI Quotidien, WikiFinance, les panels interactifs et notre espace communautaire sur www.agefi.fr

Déja inscrit(e) ou abonné(e) ? Identifiez-vous

 

S’abonner gratuitement aux newsletters

 
 
 
 
 
 
 
Nomination précédente
Diaa Alexandre Zénié Partner Senior Advisor, activités de conseil en management opérationnel et systèmes d'information
BM&A
Diaa Alexandre Zénié
Partner Senior Advisor, activités de conseil en management opérationnel et systèmes d'information
Steve Drew Responsable du crédit, marchés émergents
Henderson Global Investors Limited
Steve Drew
Responsable du crédit, marchés émergents
Nomination suivante
 
 
 
 
 
 
 

Communautés

Derniers membres enregistrés