Alors que certains distributeurs d'assurance vie se tournent progressivement, depuis deux ans, vers les variables annuities, leurs partenaires conseillers en gestion de patrimoine ou banquiers privés s'interrogent sur l'intérêt de les intégrer dans leur offre commerciale. L'Agefi Actifs a demandé à deux professionels de revenir sur les arguments qui jouent, à la faveur ou non, de ces contrats. Si Ghislain Lagasse, gérant de Gaïa Patrimoine Conseil, considère qu'il est opportun de mettre en avant une telle offre ciblée en matière d'épargne retraite, Stéphane Jacquin, directeur de l'ingénierie patrimoniale chez Lazard Frères Gestion, émet des réserves sur le discours commercial des assureurs.
L'Agefi actifs. - A quelles occasions vous semble-t-il opportun de proposer ce type de contrats ?
Ghislain Lagasse. - Contrairement à ce que certains distributeurs ont pu annoncer, en termes d'objectif de collecte notamment, je ne pense pas que la promotion de ces produits se substituera à terme à celle des contrats d'assurance vie traditionnels. A mon sens, le recours aux contrats variable annuitiesne peut être envisagé qu'en faveur d'une typologie bien particulière de clients. Les principaux concernés sont prioritairement les travailleurs non salariés et les professionnels libéraux, âgés de 50 à 65 ans, qui disposent d'un capital préconstitué devant être valorisé pour servir des revenus complémentaires au moment de la retraite.
En ce sens, les variable annuities représentent une alternative intéressante aux contrats de retraite, dont les Perp, dans la mesure où les sommes versées ne sont pas bloquées jusqu'à la date de fin d'activité. De plus, la sortie de ces contrats n'est pas exclusivement réalisée par l'intermédiaire d'une rente viagère, l'assuré disposant entièrement de son capital pour réaliser des rachats partiels ou totaux à sa convenance. Cette faculté trouve toute son utilité en cas de situation de dépendance ou d'importants besoins de liquidités notamment.
En cas de décès prématuré du souscripteur, le capital constitué est versé aux bénéficiaires désignés avec l'abattement fiscal de 152.500 euros par bénéficiaire, contrairement aux contrats convertis en rente viagère où le capital est alors aliéné par l'assureur.
Quel est le principal intérêt de recourir aux contrats « variable annuities » ?
- Le principe des contrats variable annuities est d'effectuer un rachat annuel sur la base d'un pourcentage appliqué sur le plus haut capital atteint à la date anniversaire du contrat. Le principal intérêt est la fiscalité des rachats qui s'apparente à celle de l'assurance vie, donc très incitative après huit ans, à la différence de celle de la rente viagère soumise au barème de l'impôt sur le revenu. Une fois le capital entièrement racheté, l'assureur délivrera une rente à vie équivalente au montant annuel des précédents rachats.
Les tarifs pratiqués ne sont-ils pas de nature à atténuer l'intérêt d'une telle souscription ?
- Pas vraiment puisqu'ils reflètent le coût de la double garantie, à savoir l'effet cliquet (lire l'encadré) et l'assurance d'avoir une rente viagère constante lorsque le capital du contrat a été entièrement consommé. Au final, on arrive à des frais supérieurs aux contrats classiques d'assurance vie pratiqués par les assureurs de l'ordre de 0,8 à 1,4 % selon les compagnies.
Selon vous, quels sont les éléments de nature à restreindre le développement de ces contrats ?
Stéphane Jacquin. -Le recours à ce type de placement ne constitue pas, selon moi, la panacée en raison principalement de l'absence de revalorisation du revenu garanti servi par l'assureur. Dans la pratique, les assureurs s'engagent à garantir le versement à échéance d'un revenu égal, par exemple, à 4 % ou 4,5 % du capital atteint selon que le souscripteur aura 60 ans ou 65 ans. Les éventuelles performances réalisées au cours de la phase de valorisation de l'épargne se cumulent périodiquement grâce à l'activation d'un effet de cliquet et sont donc susceptibles d'augmenter la base de calcul du revenu garanti.
En revanche, lorsque le souscripteur percevra son revenu garanti, d'abord par l'intermédiaire de rachats partiels, puis, s'il épuise son capital, sous forme d'une rente viagère, il ne bénéficiera plus en pratique de cet effet de cliquet et son revenu ne sera donc plus revalorisé. Or, si la perception du revenu débute à 60 ans ou 65 ans, le service de la rente peut durer 25 ou 30 ans, voire davantage. L'inflation risque donc de diminuer très significativement le pouvoir d'achat de son revenu garanti.
Quel avantage présente alors le recours à ce type de produit ?
- Ce produit essaie de concilier la sécurité d'une rente viagère sans l'inconvénient de l'aliénation du capital. Pour autant, il ne permet pas de bénéficier d'une indexation du revenu garanti alors qu'une rente, elle, est indexée.
Compte tenu de l'existence d'un revenu garanti, les frais peuvent ne pas paraître anormaux. Toutefois, comme indiqué précédemment, l'inflation potentiellement importante peut réduire de manière significative l'intérêt de ce revenu garanti.
Au surplus, aux frais de la garantie se rajoutent les frais de gestion classiques qui sont un peu plus élevés sur les variable annuitiesque sur un contrat d'assurance vie traditionnel.