Les Caisses d'Epargne basculent sur un système informatique unique

Le groupe se donne trois ans pour ce projet d’envergure. Il permettra des avancées sur la gestion aussi bien que dans le service aux clients.

Par Frédérique Garrouste le 26/02/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 


Nous pouvons dire que nous avons réalisé 60 % du programme », affirme Jean Decker, directeur informatique du groupe Caisse d'Epargne. La banque coopérative est en effet engagée dans un projet très important de refonte de ses systèmes d'information. Baptisé « Performance SI » (PSI), il prévoit de passer de 33 Caisses d'Epargne utilisant trois plates-formes informatiques différentes à 17 Caisses d'Epargne et un système d'information unique. Décidé fin 2006, PSI devrait s'achever en juin 2010. C'est un chantier considérable, tant par le volume que par les objectifs poursuivis.

De fait, PSI représente 450.000 jours/hommes, pour un budget de 220 millions d'euros. A titre de comparaison, la mise en place du nouveau progiciel comptable de l'Etat, Chorus, est évalué au départ à 200.000 jours/hommes. « Ce nouveau système d'information unique nous fera économiser 115 millions d'euros par an, sur un budget informatique total de 450 millions, détaille Jean Decker. La moitié de cette somme proviendra de l'arrêt des développements multiples nécessités par l'usage de plusieurs systèmes d'information. Un quart découlera du regroupement d'infrastructures, un autre quart d'optimisations futures. » Ce qui permettrait au groupe d'améliorer de 2 points son coefficient d'exploitation, véritable juge de paix de l'efficacité économique des établissements bancaires. « Au-delà de l'aspect économique, nous avions, dès le début du projet, la volonté, en nous appuyant sur un système d'information le plus performant et le plus réactif possible, d'améliorer la qualité de service rendu en interne, relate Guy Cotret, membre du directoire de la Caisse nationale des Caisses d'Epargne, chargé des ressources. Surtout, nous étions convaincus d'offrir grâce à cela un service clientèle vraiment amélioré. » Avec trois systèmes d'information différents, le groupe Caisses d'Epargne (GCE) doit développer chaque application en triple exemplaire. Ce qui diminue d'autant le temps passé sur de nouveaux projets. Sans compter les efforts déployés à mettre en cohérence les données entre les différents systèmes, comme pour des projets réglementaires, Bâle II par exemple. « Chaque système d'information a une capacité de développement de nouveaux projets de 20.000 jours/ hommes, précise Guy Cotret. Avec notre système d'information unique, dénommé Mysys, nous disposons de 11.0000 jours/hommes, soit un doublement de notre capacité. » Avec pour objectif d'en consacrer 50 % aux fonctionnalités commerciales.


Un choix pragmatique

Le projet PSI s'inscrit dans la continuité des deux précédents schémas directeurs informatiques. Le premier, CAP 2003, mené entre 2000 et 2003, portait sur la rationalisation et prévoyait 150 millions d'euros d'économies, en ramenant le nombre de plates-formes informatiques de huit à trois : RSI, Siris et Arpège. Le second, CAP 2007, était davantage orienté vers la réorganisation. Après trois ans et une fois atteint l'objectif des 150 millions d'euros d'économies, le groupe a voulu aller plus loin. Courant 2006, une étude a été lancée pour étudier les trois possibilités consistant à conserver les trois systèmes d'information ou à n'en garder qu'un ou deux. En termes d'économies et dans l'hypothèse d'une efficacité maximale, les résultats se sont respectivement établis à 20 millions, 50 millions et 115 millions d'euros. D'où la décision de basculer sur un unique système d'information. Le programme PSI est structuré autour de trois projets : les fusions-migrations des Caisses d'Epargne, le regroupement des infrastructures techniques et la création de deux GIE informatiques nationaux (voir l'illustration). Pour le choix de la plate-forme informatique, deux directeurs de caisses représentant les trois différents systèmes d'information, assistés de la maîtrise d'ouvrage, les ont jugés sur pièce et les ont notés. « L'idée du système d'information ‘best of breed' (constitué d'éléments des différents systèmes, NDLR) n'a pas été retenue, car la priorité était de former des utilisateurs sur un système qui fonctionne, en vue d'atténuer la perturbation liée au changement, explique Jean Decker. Le ‘best of breed', c'est un patchwork qui n'a jamais réellement fonctionné. » C'est donc la plate-forme Siris qui a été retenue comme système souche, car répondant le mieux aux attentes en termes d'efficacité commerciale et aux objectifs techniques de la plate-forme cible de 2010 : travail en temps réel, 24 heures sur 24 et interopérabilité totale. « En revanche, nous utilisons le ‘best of breed' pour l'évolution des fonctionnalités, souligne Jean Decker. Par exemple, pour l'authentification sur internet, nous avons basculé sur le système e-carte bleue alors que Siris fonctionnait avec ID Tronic. »

Fusions-migrations

Au démarrage du programme PSI, fin 2006, de nombreuses Caisses d'Epargne avaient déjà prévu de fusionner. Hors de question pour elles de migrer plusieurs fois vers un nouveau système d'information. « Nous avons alors opté pour des fusions-migrations, c'est-à-dire l'extraction des données des Caisses devant fusionner et leur migration vers la plate-forme de convergence, dénommée Mysys depuis, et basée sur Siris », relate Jean Decker. « Une fois acté ce choix, nous avons gagné 18 mois sur le projet, initialement prévu pour s'achever fin 2012. » Car il fallait faire vite : une fois la fusion entérinée sur le plan légal, la Banque de France donne un délai d'un an pour la mise en place des nouveaux codes bancaires. Outre des phases de test, chaque fusion-migration prévoit trois bascules à blanc, avec, à chaque fois, un vieillissement des données pendant un mois pour voir comment se comporte le nouveau système d'information. Puis le jour J, la véritable bascule est effectuée durant le week-end, et le mardi à l'ouverture, tout doit être opérationnel, sans perturber le fonctionnement des Caisses. « Le plus important dans ce type de projet est la conduite du changement, fait remarquer Guy Cotret. Il faut rassurer les utilisateurs qui appréhendent le passage à un nouvel outil informatique. » Deux vagues de fusions-migrations ont déjà eu lieu. « Nous sommes désormais en phase d'industrialisation, car nous avons développé tous les outils dont nous avons besoin, comme les moteurs de migration », indique Jean Decker. La troisième vague est prévue pour mai-juin 2009 avec la Caisse d'Epargne Bretagne Pays de Loire et la Caisse d'Epargne Normandie.

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