Les assureurs européens sous pression

Malgré l’amélioration de leur solvabilité, les compagnies pâtissent toujours d’une détérioration de leur résultat opérationnel.

Par Thomas Carlat le 16/09/2010 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Cela ne suffit pas. A l'exception d'Axa et de Groupama, les assureurs européens affichent une bonne dynamique commerciale, avec des chiffres d'affaires à la hausse, et des bénéfices en croissance significative au premier semestre (voir le tableau). Leur profil financier s'est globalement amélioré - hormis pour Groupama (-662 millions d'euros) et Zurich Financial Services (-1,4 milliard d'euros) qui affichent un recul - : « Leur santé est globalement satisfaisante, aucun acteur coté n'a véritablement de problème de structure financière, et la solvabilité est à des niveaux convenables », souligne donc un analyste parisien. Pourtant, « même s'il y a des signes positifs, comme l'amélioration des fonds propres, nous estimons qu'il existe toujours une forte pression sur la rentabilité opérationnelle des compagnies », explique Benjamin Serra, analyste chez Moody's (lire aussi l'entretien page 20). Le 1er septembre, l'agence a ainsi annoncé maintenir l'ensemble du secteur européen sous perspective négative. Les chiffres publiés à fin juin confirment en partie ce diagnostic. Ainsi, si Allianz et Generali affichent respectivement un résultat opérationnel en croissance de 21,7 % et 14,5 %, celui d'Axa diminue de 3 % tandis que Groupama accuse un repli de 9,5 %.

A leur décharge, les assureurs évoluent dans un environnement économique et financier particulièrement défavorable. Principal écueil : le maintien des taux d'intérêt à des niveaux historiquement bas. « Par conséquent, les taux de rendement des actifs sont orientés à la baisse, ce qui pèse sur la rentabilité des compagnies », précise un analyste parisien. Une situation qui pénalise en premier lieu l'assurance-vie dont l'essentiel des revenus et des marges provient justement du rendement de ces actifs. Or, « les assureurs-vie réalisent un bon niveau de marge quand les taux sont élevés », insiste Marc-Philippe Juilliard, directeur senior en charge de l'assurance chez Fitch Ratings. Dans un tel contexte, malgré une augmentation de près de 12 % de la valeur des affaires nouvelles en assurance-vie au premier semestre pour les principaux grands groupes européens, « les marges sont donc restées stables, voire en légère baisse », observe David Masters, analyste chez Moody's. Là aussi, les situations sont disparates. Si Axa a réussi la gageure d'accroître ses marges de 16 % à 19 % en un an, d'autres éprouvent plus de difficultés. Chez Generali, elles ont ainsi diminué de 19 % à 18 %, celles du néerlandais Aegon reculant même de 27 % à 21 %.

Baisses des marges en vie

Les marges subissent la forte volatilité des marchés boursiers, et l'aversion au risque des épargnants qui demeure toujours aussi marquée. Résultat : leurs placements s'orientent massivement vers des produits garantis (type fonds euros en France) au détriment de contrats en unités de compte. Une tendance préjudiciable puisque ces produits offrent des marges plus élevées que les contrats traditionnels. De fait, sur le marché français, les supports en unités de compte ne représentaient que 13 % de la collecte à fin juillet. Dans ce contexte, la tendance à la baisse des taux servis aux assurés devrait encore se poursuivre l'an prochain. « Les compagnies n'ont pas d'autre alternative car le rendement versé aux assurés constitue le principal coût des assureurs-vie », précise Marc-Philippe Juilliard.

La situation n'est guère plus brillante en assurance-dommages. Là aussi, la faiblesse des taux d'intérêt pèse sur la rentabilité des acteurs, les rendements financiers constituant une large part de leur résultat opérationnel. De plus, les acteurs ont dû faire face à une recrudescence de la sinistralité depuis le début de l'année, avec la multiplication d'événements naturels (tempête Xynthia, inondations dans le Var et dans les pays d'Europe de l'Est). Ainsi, à l'exception d'Allianz - dont le résultat opérationnel est resté stable à 1,8 milliard d'euros -, les principaux acteurs européens enregistrent une détérioration de leur rentabilité dans ce métier. Axa a vu son résultat opérationnel reculer de 9 % à fin juin, tandis qu'Aviva et Generali accusent respectivement un repli de 3,6 % et 6,6 %. Depuis le début de l'année, les compagnies n'ont pourtant pas ménagé leurs efforts pour redresser la situation : nettoyage de leurs portefeuilles et, surtout, hausses tarifaires. « Mais ces mesures sont insuffisantes pour améliorer leur rentabilité, car les assureurs sont en retard d'une année par rapport à l'évolution de la sinistralité », commente Marc-Philippe Juilliard. Surtout, exception faite du Royaume-Uni où les tarifs ont augmenté de 10 %, ces majorations tarifaires ont été plutôt modérées partout en Europe, entre 2 % et 3 % en moyenne selon Moody's. Trop peu donc pour améliorer leurs résultats techniques.

« Dans un environnement aussi concurrentiel, il est toutefois difficile pour les compagnies de procéder à de fortes hausses tarifaires »,
reconnaît Virginie Crépy, analyste crédit chez Standard & Poor's. Résultat : les ratios combinés (sinistres et frais rapportés aux primes) continuent de se dégrader ou, dans le meilleur des cas, ne s'améliorent que très légèrement. Generali affiche ainsi un ratio combiné (sinistres et frais rapportés aux primes) de 98,8 %, soit à 0,9 point de plus par rapport au premier semestre 2009, tandis que celui de Groupama ressort à 104,5 % (contre 108 % un an plus tôt). Et si Allianz a réussi à améliorer cet indicateur de 0,4 point à 98,4 %, la situation est très disparate d'un pays à l'autre, sa filiale française affichant un ratio combiné de 103,8 %. Autant dire que les acteurs vont être contraints de poursuivre leurs majorations tarifaires à court terme. « Les ratios combinés vont avoir tendance à s'améliorer car nous sommes entrés dans une période de hausses de tarifs qui devrait se prolonger sur les deux prochaines années, estime d'ailleurs Benoit Valleaux, analyste chez Natixis Securities. Certes, ces hausses de prix n'ont pas encore délivré leur plein impact mais leur effet va être graduel. »

Nouvelles taxes en vue

C'est dans ce contexte morose que les assureurs européens doivent préparer Solvabilité II et que les français voient débarquer de nouvelles mesures fiscales, annoncées fin août par le gouvernement. Ainsi, une taxe de 3,5 % va être appliquée sur les contrats santé. De plus, les prélèvements sociaux (12 %) sur les intérêts générés par les supports euros des contrats d'assurance-vie « multisupports » seront désormais perçus chaque année et non plus au dénouement du contrat. Enfin, une taxe de 10 % sera appliquée en 2010 et 2011 sur la réserve de capitalisation qui, alimentée par les plus-values obligataires, est assimilée aux fonds propres (lire l'entretien). « Ces mesures arrivent dans un contexte déjà difficile pour les assureurs, dont la rentabilité est comprimée, note toutefois Virginie Crépy. Mais nous pensons qu'elles ne devraient pas avoir d'impact sur la performance opérationnelle des compagnies. » De fait, l'attractivité de l'assurance-vie ne devrait pas être mise à mal. De même, s'agissant de la taxe sur les contrats santé, les assureurs devraient en toute logique la répercuter dans leurs tarifs. En revanche, la taxation de la réserve de capitalisation pourrait avoir des effets plus néfastes. « A l'heure où les ratios combinés sont particulièrement élevés en assurance-dommages et les marges en assurance-vie malmenées, cette taxe supplémentaire contribuera significativement à réduire la capacité des assureurs à augmenter leurs fonds propres dans les deux années à venir », ajoute Benjamin Serra. Une bien mauvaise nouvelle alors que se profile à l'horizon la directive européenne Solvabilité II qui devrait également accroître sensiblement les besoins en fonds propres des assureurs.

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