La progression des encours dans la gestion d'actifs en 2009 occulte les défis auxquels doit faire face le secteur. Après une chute de 17% en 2008, la valeur des actifs gérés a progressé de 12% un an plus tard, atteignant 52.600 milliards de dollars. «C'est une belle reprise en apparence, mais elle est davantage liée à l'appréciation des marchés d'actions qu'à une progression de la collecte nette, qui ne représente qu'un point sur les douze points de croissance», prévient Hélène Donnadieu, coauteur de la huitième étude du cabinet Boston Consulting Group (BCG) sur la gestion, qui s'attend à de profonds bouleversements dans les années à venir.
Les écarts de performance déjà observés en 2009 devraient s'accroître, selon l'étude du BCG. «Seuls 17% des gérants ont accru leurs bénéfices et 37% ont décollecté en 2009», rappelle son auteur. Les professionnels doivent répondre à la méfiance des investisseurs, notamment lorsqu'il s'agit de particuliers. Les institutionnels, eux, ont accru leurs compétences de mesure de risques: ils réclament davantage de transparence et n'hésitent plus à changer de gérant.
L'orientation de la demande vers les produits passifs pèse également sur les marges, mais dans le même temps, les produits de gestion alternative, les plus rentables, gagnent en popularité. En parallèle, les pays émergents sont devenus des relais de croissance pour les années à venir. Selon le BCG, ils devraient représenter plus de 25% de la collecte nette au cours des quatre prochaines années.
La situation implique «des choix audacieux» de la part des professionnels. Selon l'étude, le salut passe par une rationalisation des gammes de produits en Europe, ainsi que la définition de la clientèle et de marchés prioritaires, où le gérant estime pouvoir apporter sa valeur ajoutée, et l'adoption d'une démarche plus industrielle ailleurs. Ces éléments donnent l'avantage aux plus grands acteurs. Les dix gérants les plus importants ont d'ailleurs crû deux fois plus que le marché en 2009.
Sauf rechute économique, 2010 devrait malgré tout être un exercice de redressement comptable pour une majorité de gérants. «Leurs marges vont mécaniquement rebondir grâce la croissance des actifs sous gestion; l'année a démarré avec des encours bien supérieurs», estime Hélène Donnadieu. Elles ne devraient toutefois pas retrouver leur record de 2006 (40% de taux de marge en moyenne).