Le renoncement de GDF Suez à Penly jette le trouble sur sa stratégie dans le nucléaire

En tirant un trait sur l’EPR, le groupe va devoir trouver d’autres références pour asseoir son développement à l’international

Par Olivier Decarre le 24/09/2010 pour L'AGEFI Quotidien - Edition de 7H

 
 

«Ce n'est pas une énorme surprise», notait hier un observateur. Le renoncement de GDF Suez à l'EPR de Penly pouvait en effet se concevoir au vu des discours récents sur la filière nucléaire française. Le groupe n'a pas souhaité faire de commentaire sur le sujet. Mais de source proche, on confirme bien la sortie du projet évoquée par Les Echos.
Si le groupe a attendu la rentrée pour faire part de son choix à Matignon, un bon connaisseur du dossier explique même que la décision a «probablement été prise dès le printemps». C'est-à-dire au moment où il est devenu de plus en plus évident qu'EDF ferait figure de chef de file du nucléaire français. GDF Suez aurait simplement souhaité attendre la remise officielle du rapport Roussely (confirmant ce point de vue) pour signifier son choix de ne pas être un simple partenaire financier.
C'est en effet l'aspect industriel qui intéressait avant tout GDF Suez au travers de ses 25% dans Penly. L'énergéticien voulait y acquérir une expérience et en faire une vitrine pour vendre son savoir-faire à l'étranger. D'où son souhait d'être associé à l'exploitation.
Dès lors, cela va provoquer «un retard du groupe dans son calendrier de développement du nucléaire en France, axe stratégique majeur», remarque le bureau d'analyse Raymond James.

Ayant tiré un trait sur l'EPR, GDF Suez peut encore compter sur l'Atmea (Areva-Mitsubishi) pour lequel il reste en piste. Avec une puissance de 1.000 MW (contre 1.600 MW pour l'EPR) et un coût inférieur, ce type de réacteur pourrait d'ailleurs «mieux correspondre aux appels d'offres à l'international dans les pays émergents», ajoute Raymond James. Mais là encore des questions demeurent. A quel horizon pourra-t-il constituer une alternative ? Et l'Etat accordera-t-il une licence à GDF Suez sur ce réacteur au moment où le rapport Roussely suggère qu'il n'est pas utile qu'émerge un second exploitant français ?
Le choix de l'Atmea pourrait aussi se poser à terme pour GDF Suez. Sera-t-il judicieux de travailler avec Areva si l'Etat pousse à terme ce dernier à resserrer ses liens avec EDF? Si tel est le cas, il n'est pas à exclure d'après une source industrielle que GDF Suez s'oriente alors vers l'AP 1000 de Westinghouse. En tout cas, il apparaît évident que ce revers français risque de compliquer les projets de développement de GDF Suez à l'international.

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